Au Cameroun, la France renforce ses liens après les concessions de Biya

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a salué mercredi 23 octobre la “réconciliation en marche” au Cameroun et annoncé renforcer ses liens avec son allié traditionnel après les gestes d’apaisement du président Paul Biya dans la crise des régions anglophones et la libération de son principal opposant.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian (Photo : Xinhua)

“Je suis venu pour dire combien la France voulait, avec le Cameroun, être
dans une phase de relance d’une relation historique très forte”, a-t-il
déclaré à l’issue d’un entretien avec le président Biya à Yaoundé, en se
félicitant des “efforts de paix” entrepris et en proposant un “accompagnement”
de la France dans ce processus.

Symbole de cette relance, Paul Biya, 86 ans dont 37 au pouvoir, a décoré le
chef de la diplomatie française de l’Ordre de la valeur, la plus haute
distinction camerounaise.

L’inamovible président, décrié par ses détracteurs pour ses “politiques
répressives”, lui a offert une monumentale pipe royale – symbole de la
“sagesse”, a-t-il dit – lors d’une cérémonie.

Après des mois d’intransigeance, le président camerounais, confronté à de
multiples crises et à une image de plus en plus écornée à l’international, a
fini par lâcher du lest début octobre sous la pression de la France, de l’UE
et des Etats-Unis.

Il a fait libérer son principal opposant, Maurice Kamto, et une centaine de
membres de son parti, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), qui
avaient été arrêtés fin janvier à la suite de manifestations pacifiques
organisées pour protester contre les résultats de la présidentielle.

Expertise française

Le pouvoir a aussi organisé un “Grand dialogue national” avec l’ambition
affichée de dénouer le conflit meurtrier qui sévit depuis deux ans dans
l’ouest du pays, où des séparatistes anglophones et l’armée se livrent une
guerre sans merci dans laquelle plus de 3.000 personnes ont déjà trouvé la
mort, selon des ONG.

Autant de gestes qui pourraient aider Paul Biya à redorer son blason à
l’international et à replacer le Cameroun au centre de l’échiquier africain.

Le 10 octobre, il a reçu le soutien du président Emmanuel Macron à Lyon, en
marge d’une réunion du Fonds pour la lutte contre le Sida. Il est de nouveau
attendu en France pour le Forum de la paix les 12 et 13 novembre à Paris.

De son côté, la France souhaite placer sa relation avec le Cameroun, allié
traditionnel, à la hauteur de “l’importance et du potentiel” de ce pays,
fait-on valoir de source diplomatique.

Seul un secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste
Lemoyne, s’était rendu dans ce pays depuis l’élection d’Emmanuel Macron en
2017. Quand aux deux dernières visites présidentielles, elles remontent à
François Hollande en 2015 et Jacques Chirac en 2002.

Jean-Yves Le Drian a aussi appelé le président Biya à poursuivre la
“dynamique démocratique initiée” et proposé l’expertise de la France,
notamment en matière de décentralisation, dans le “respect de la souveraineté
et de l’unité” du Cameroun.

“Un partenaire incontournable”

“Nous savons que c’est une étape importante mais que ce n’est pas encore
l’aboutissement”, a souligné Jean-Yves Le Drian en recevant des responsables
de partis, dont Maurice Kamto.

La France veut être au “rendez-vous pour éventuellement appuyer, assister,
coopérer en raison de la longue histoire que nous avons ensemble”.

Une proposition saluée par le représentant du parti au pouvoir (RDPC), Jean
Nkuete. “La France est un partenaire important, incontournable du Cameroun”,
a-t-il dit. Maurice Kamto s’est pour sa part refusé à tout commentaire.

Côté politique, des élections législatives et municipales lourdes d’enjeux
se profilent en 2020. Et dans l’ouest anglophone, le “statut spécial”
recommandé à l’issue du Grand dialogue, destiné à accroître l’autonomie des
deux régions, peine à calmer le jeu sur le terrain.

La France, premier investisseur étranger au Cameroun, souhaite aussi
valoriser cet atout “dans le domaine des infrastructures, de l’énergie, du
développement”, a relevé le ministre. (AFP)

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