Burkina : L’étau jihadiste “se resserre autour de Ouagadougou”

“L’étau se resserre autour de Ouagadougou”, analyse un observateur du Burkina Faso, en faisant mine de presser une boule entre ses mains. Dans le pays en proie à d’incessantes attaques jihadistes, les zones sûres se réduisent comme peau de chagrin.

L’attentat d’août 2017 à Ouagadougou (Photo : Xinhua)

La moitié du pays, sa capitale Ouagadougou, et ses régions frontalières sont fortement déconseillées aux voyageurs, selon la chancellerie française. Le Département d’Etat américain a classé la quasi intégralité du pays en rouge, conseillant aux voyageurs de “reconsidérer” leurs déplacements dans la capitale.

“La préoccupation essentielle aujourd’hui au Burkina Faso reste la situation sécuritaire. C’est un problème fondamental”, reconnaît le président Roch Marc Christian Kaboré alors que les autorités ont longtemps minoré l’ampleur du fléau.

“Ventre mou”

Préservé jusqu’en 2015 des attaques qui frappent ses voisins du Sahel, le Burkina est devenu un “ventre mou”, selon une expression couramment utilisée dans une région où pullulent les groupes jihadistes – certains affiliés à Al-Qaïda, d’autres au groupe Etat islamique.

Mal équipée, entraînée et encadrée, l’armée est incapable d’enrayer le phénomène qui a fait plus de 1.000 morts, d’après la société civile.

Quelque 300.000 personnes ont été contraintes de fuir leurs maisons en raison des attaques, des violences communautaires qu’elles attisent ou des exactions des forces de sécurité.
“3 à 4% d’élèves, depuis le début de ces attaques terroristes, ne vont plus à l’école, ce qui correspond à près de 2.000 écoles fermées”, rappelait le président Kaboré à New York fin septembre, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

“Il y a une attaque par jour ou presque”, confie une source sécuritaire.

Les attaques sont “plus étendues” sur le territoire, “plus violentes, plus meurtrières, occasionnent d’autres violences intercommunautaires et la création de milices d’autodéfense”, constate Ousmane Amirou Dicko, émir du royaume traditionnel de Liptako, à cheval sur Mali, Niger et Burkina.

Ecart de développement entre le nord et le sud

Il faut, selon lui, que l’Etat reconquière le terrain perdu avec des “campagnes de sensibilisation et de dialogue” mais aussi en comblant “le ‘gap’ de 50 ans de développement” entre nord et sud du pays. “Le nord a été oublié et c’est difficile de rattraper ça en 2 ou 3 ans”. Il faut aussi proposer des “solutions aux jeunes”.

Dans le nord et l’est, il est devenu difficile de se déplacer. Certaines routes sont déconseillées en raison de la présence fréquente des jihadistes qui disposent de relais et d’informateurs dans les villes.

Depuis août 2018, ils utilisent de plus en plus fréquemment des engins explosifs sur routes et pistes. Du coup, les forces de l’ordre patrouillent moins.

Tout cela “pèse sur l’activité économique”, s’inquiète l’émir Ousmane Amirou Dicko. Beaucoup de marchés aux animaux ont été fermés et les marchandises ne circulent plus comme avant.

Couvre-feu

Un couvre-feu est en vigueur dans l’est et des villes importantes du nord comme Djibo ou Dori vivent comme en état de siège. “A Djibo, à 14h, tous, policiers, gendarmes, militaires, fonctionnaires gagnent le camp militaire” où ils dorment, souligne un policier sous couvert d’anonymat.

Dans le sud, jusque-là épargné, “la situation est moins grave mais inquiétante”, souligne une source humanitaire. La région de Bobo-Dioulasso, célèbre ville touristique, est délaissée par les tour-opérateurs.

“On travaille au niveau sécuritaire pour prévenir un éventuel attentat”, explique Antoine Atiou, gouverneur de la région des Hauts bassins, qui comprend Bobo-Dioulasso. “En 2005, on avait des coupeurs de route. Ils ont ensuite disparu, mais maintenant il y a les jihadistes. Ce sont les mêmes gens. Il profitent des forêts pour se cacher”.

Prédicateurs salafistes

Des sources sécuritaires font état de la présence de prédicateurs salafistes dans le sud, une assertion confirmée par une source de la société civile.

“Nous avons un problème. Il y a une prise de conscience”, assure le ministre des Affaires étrangères Alpha Barry. “Mais nous sommes un petit Etat. Il nous faut de l’aide”.

Lors d’un récent sommet à Ouagadougou, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a promis de trouver un milliard de dollars pour la lutte contre les jihadistes. En comptant aussi sur l’aide internationale.

Les Français, qui comptent 200 membres des forces spéciales à Ouagadougou, ont déployé 4.500 hommes dans le cadre de l’opération Barkhane au Sahel. A ses débuts, la force n’intervenait que rarement au Burkina, mais “il y a une multiplication des opérations dans le pays depuis quelques mois”, souligne une source française.

La France, selon cette source, cherche avant tout à ce que “le pays ne s’écroule pas”. (Patrick FORT et Armel BAILY, AFP)

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