Observatoire des camps de réfugiés : “Le coronavirus ajoute du chaos au chaos”

Dans les camps de réfugiés, où l’accès aux droits fondamentaux est déjà complexe en temps normal, la crise sanitaire liée au coronavirus a ajouté “du chaos au chaos” et a souvent servi de “prétexte” pour durcir les conditions de vie de ces personnes, déplore la fondatrice de l’Observatoire des camps de réfugiés, Rima Hassan.

Rima Hassan

Comment la crise du coronavirus est-elle vécue dans les camps ?
Dans ces lieux où l’on cumule enfermement, absence de protection, impossibilités des gestes barrières et de la distanciation sociale, il n’y a aucune bonne option.

Si le camp est fermé, on pourrait se dire qu’on est plutôt protégé du monde extérieur et donc du virus. Mais dans cette configuration, s’il y a un seul cas, on est sûr et certain qu’il y aura une contagion massive. Et dans le cas de camps semi-fermés, où il y a une certaine liberté de circulation, les réfugiés peuvent attraper le Covid. C’est une bombe à retardement.

Le coronavirus ajoute du chaos au chaos, il vient ‘challenger’ les capacités des Etats à faire face à une double problématique: migratoire et sanitaire.

Il met aussi en lumière la dangerosité de l’enfermement et de la surpopulation de ces endroits, ainsi que l’absence de politique d’accueil dans de nombreux pays où se trouvent d’importants camps de réfugiés, comme en Grèce.

Y a-t-il des mesures qui ont été prises pour protéger les réfugiés ?
Le problème des camps, c’est qu’il n’y a pas de consensus sur comment ils doivent être gérés et chaque Etat fait en fonction de l’arsenal législatif du pays.

Pour l’instant, c’est surtout la peur de l’étranger qui prévaut. Quand un pays demande à toute sa population nationale de porter des masques, mais que les réfugiés sur son sol n’y ont pas accès, on voit bien qu’on les considère au ban de la société.

Dans les camps, le Covid-19 a souvent servi de prétexte pour prendre les mesures les plus drastiques, pour stigmatiser toujours plus les réfugiés. Comme au Liban, où les mesures de confinement se sont appliquées aux camps trois semaines avant le premier cas officiellement connu. Comme si la priorité était de confiner ces endroits.

D’autant que le confinement, dans le contexte de l’enfermement, c’est finalement un double enfermement. Ce sont déjà des zones de non-droit, et on vous enlève le peu qu’il vous reste. Pour ne prendre l’exemple que de l’école, si vous êtes dans un camp où on vous assure deux heures de cours par jour, quand on vous enlève ces deux heures, il ne reste plus rien.

A l’heure où de nombreux pays se dirigent vers le déconfinement, quel enseignement tirer de cette crise ?
Ce qui choque, c’est que cette crise sanitaire ne vienne pas chambouler la politique de non-accueil, qu’on ne se rende pas compte qu’on est sur la mauvaise voie.

Pendant la crise, l’exemple a été le Portugal, qui a massivement régularisé [les migrants et demandeurs d’asile, qui ont obtenu les mêmes droits que les résidents, notamment en matière d’accès aux soins, pour la durée de l’état d’urgence].

Mais pour ce qui est des camps, il n’y a pas eu d’exemple, alors qu’il est évident qu’il faudrait réquisitionner des lieux pour héberger les réfugiés, ou vider a minima pour offrir une densité qui soit acceptable.

En tout état de cause, ne pas exclure ces personnes des mesures offertes au reste de la population.
(Propos recueillis par Shahzad Abdul, AFP)

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