Coronavirus : La multiplication des foyers inquiète

Si le nombre de nouveaux cas baisse sensiblement en Chine, de nouveaux foyers du coronavirus se sont révélés dans plusieurs pays, y compris hors d’Asie. L’OMS s’avoue inquiète et appelle la communauté internationale à “agir rapidement”.

Le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus (Photo : Xinhua)

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète de la vitesse à laquelle le coronavirus se propage dans le monde, notamment en Iran, et des risques pour d’autres pays comme le Liban.

“Bien que le nombre total de cas à l’extérieur de la Chine reste relativement faible, nous sommes préoccupés par le nombre de cas sans lien épidémiologique clair, tels que les antécédents de voyage ou les contacts avec un cas confirmé”, a souligné son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

“Nous avons vu une augmentation très rapide (des cas) en quelques jours”, constate Sylvie Briand, directrice du département Préparation mondiale aux risques infectieux à l’OMS. Elle souligne le “risque potentiel de plus de cas exportés dans les jours à venir”.

L’OMS refuse pour l’instant de parler de pandémie, mais considère qu’il y a “des épidémies différentes, montrant des phases différentes”. “Nous essayons de trouver un sens à toutes ces situations différentes dans le monde”.

Signe de son inquiétude, l’agence de l’ONU a annoncé la nomination de six envoyés spéciaux, parmi lesquels David Nabarro, ancien coordinateur de l’ONU pour Ebola lors de l’épidémie qui a touché l’Afrique de l’Ouest entre fin 2013 et 2016.

“Un profond tournant”

“L’épidémie de Covid-19 a connu un profond tournant ces dernières 48 heures. L’OMS et ses Etats membres doivent maintenant réfléchir à passer d’une stratégie d’endiguement à une stratégie d’atténuation, c’est-à-dire la réduction des impacts négatifs de la poursuite de la transmission” du virus, estime le Pr Devi Sridhar, responsable du programme de Gouvernance sanitaire à la faculté de médecine d’Édimbourg (Grande-Bretagne).

“C’est ce qu’on appelle le passage en transmission communautaire”, note le Pr Arnaud Fontanet, chef de l’unité “épidémiologie des maladies émergentes” à l’institut Pasteur (France). “Ça rend le contrôle beaucoup plus difficile et ça laisse présager un risque d’introduction à partir d’autres foyers que la Chine”.

C’est ainsi que des cas signalés au Liban et au Canada auraient le foyer iranien pour origine. Quant au foyer infectieux autochtone en Italie, les scientifiques peinent à identifier le processus de contamination du “patient 1” à l’origine de la propagation.

Augmenter la vigilance

“Ce qui se passe en Italie et en Corée du Sud pourrait se passer n’importe où dans le monde”, prévient le Pr Sridhar.

Le Dr Nathalie MacDermott, du King’s College de Londres, évoque également des développements “très préoccupants”, notamment la difficulté à identifier un individu à l’origine des derniers foyers épidémiques.

“Ceci laisse supposer une transmission par un individu asymptomatique, ou présentant peu de symptômes”, suggère la spécialiste, qui juge “impératif que les autres pays prennent ces situations en compte et renforcent leur surveillance des personnes en provenance de régions affectées qu’elles présentent ou non des symptômes” et s’attachent à contenir les foyers d’infection autochtone.

“Je pense que c’est une nouvelle phase” dans l’extension du Covid-19, dit Eric D’Ortenzio, épidémiologiste à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) français.

Ce spécialiste pointe lui aussi l’apparition dans les nouveaux pays touchés de “chaînes de transmissions à partir de cas non détectés”, même s’il nuance, en l’attente de données précises sur le sujet, le rôle de “drivers” épidémiques des cas asymptomatiques.

Mais pour lui aussi les conséquences à tirer sont claires: “Il doit y avoir une vigilance qui augmente, il faut que les autorités renforcent la surveillance”, que ce soit sur les cas autochtones ou les possibles importations depuis des foyers épidémiques.

“Agir rapidement”

“Notre fenêtre de tir se rétrécit, et c’est pourquoi nous avons appelé la communauté internationale à agir rapidement, y compris en matière de financement. Ce n’est pas ce que nous voyons”, a déploré le directeur général de l’OMS, en conférence de presse à Genève vendredi.

“Au moment où nous parlons, nous sommes encore dans une phase où il est possible de contenir l’épidémie” mais “avec une fenêtre d’opportunité qui se rétrécit”, a-t-il ajouté.

Soulignant une fois de plus les mesures “sérieuses” prises par la Chine pour contenir l’épidémie, le patron de l’OMS a appelé les “autres pays”, sans les citer, à être également “très, très sérieux”.

L’OMS redoute aussi “le potentiel de dissémination du Covid-19 dans les pays dont les systèmes de santé sont plus précaires”, a averti Tedros Adhanom Ghebreyesus.

C’est le cas de nombreux pays africains dont les infrastructures sanitaires et le personnel médical sont mal préparés pour affronter l’épidémie. Pour l’instant sur le continent, seule l’Egypte a enregistré un cas confirmé de contamination.

Nombre sous-estimé ?

Certains experts estiment que le nombre de cas pourrait être sous estimé: une étude publiée vendredi par le centre des maladies infectieuses de l’Imperial college de Londres “estime qu’environ les deux-tiers des cas de Covid-19 sortis de Chine sont restés indétectés au niveau mondial, avec pour résultat potentiel des chaînes multiples non détectées de transmission humaine hors de Chine”.

D’autant que malgré toutes les précautions (quarantaine, confinement, prise régulière de température…) certains peuvent passer au travers du filet. (Le JD avec agences)

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