Coronavirus : Le point en Afrique

L’Afrique du Sud a rejoint,
dans la nuit de jeudi à vendredi, les 3 milliards d’humains de la planète déjà
appelés à rester chez eux pour tenter d’enrayer l’épidémie de coronavirus, qui
continue à progresser.

Le pays le plus industrialisé d’Afrique est, de loin, le plus touché par le
Covid-19 sur le continent, avec 927 cas officiellement recensés depuis
l’apparition du virus en Chine en décembre. Deux décès y ont été enregistrés.

Face à la progression exponentielle et inexorable de la maladie, le
président sud-africain Cyril Ramaphosa n’a eu d’autre choix que d’ordonner le
confinement de tout le pays pour une période de trois semaines afin, a-t-il
justifié, de « prévenir une catastrophe humaine aux proportions énormes ».

« C’est une décision indispensable pour sauver des millions de Sud-Africains
de l’infection », a-t-il justifié.

En Afrique, seuls l’Algérie, le Rwanda et l’île Maurice se sont jusque-là
engagés sur cette voie radicale, tant ses conséquences économiques et sociales
sur des populations pauvres et privées de services de base semblent risquées.

Le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont préféré l’état d’urgence et des
couvre-feu, moins strictes, tandis que le Nigeria, pays le plus peuplé
d’Afrique sub-saharienne, s’est contenté « d’inviter » les habitants de sa
capitale Abuja et surtout de sa mégapole de Lagos à rester chez eux.

Avant l’entrée de son pays en confinement à 00h00 locales (22h00 GMT
jeudi), M. Ramaphosa a décrété une « journée de prière » pour, a-t-il dit,
« protéger et guérir notre terre ».

Lui-même testé ces derniers jours, le chef de l’Etat a annoncé jeudi qu’il
n’avait pas contracté la maladie.

« Pas de jogging »

Très pragmatiques, ses concitoyens ont préféré profiter de leurs dernières
heures de liberté pour se ruer dans les supermarchés en rangs serrés, contre
toutes les consignes de sécurité sanitaire. Les magasins de vente d’alcool,
interdite pendant le confinement, ont été largement visités…

Tout ce que le pays compte de ministres a exhorté sa population à respecter
strictement les règles du confinement, faute de lourdes sanctions.

« Pas de jogging, pas de promenade pour le chien », a prévenu le ministre de
la Police Bheki Cele. Avant d’annoncer que deux malades du Covid-19 venaient
d’être inculpés pour meurtre pour avoir enfreint les règles de leur
quarantaine.

« Ces règles ne sont pas là pour vous satisfaire ni vous permettre de vivre
comme si de rien n’était », a insisté son collègue des Transports, Fikile
Mbalula, sur Twitter.

Les autorités n’ont pas hésité à mobiliser l’armée. « Des soldats tiendront
les barrages et patrouilleront dans tout le pays pour assurer le respect du
couvre-feu », a indiqué jeudi leur ministre, Nosiviwe Mapisa-Nqakula.

Ce déploiement de force a fait froncer les sourcils de la société civile.

L’une de ses coalitions, baptisée C19, a regretté « de voir des chars et des
armes au milieu de la population, mais pas de tests (de dépistage), de
soignants et de services essentiels ».

« Il est fort probable que (cette situation) génère des actes désespérés,
des manifestations et des émeutes réprimées par la police et les militaires »,
s’est-elle inquiétée.

Le centre-ville de Kigali à l’arrêt (Photo : Xinhua)

« Explosion »

Un quart de siècle après la chute du régime raciste de l’apartheid,
l’économie sud-africaine patine, le chômage y est endémique (près de 30%) et
une large partie de sa majorité noire continue à vivre dans des conditions
très précaires.

Elevé au rang d’icône nationale, le capitaine noir de l’équipe nationale de
rugby championne du monde, Siya Kolisi, y est allé de son appel au civisme.

« Protégez-vous. Restez à la maison », a-t-il lancé sur Twitter.

Ailleurs en Afrique, continent qui a enregistré officiellement 73 décès et
plus de 2.700 cas du Covid-19, le virus continue à progresser à une vitesse
inquiétante, notamment dans ses pays les plus peuplés.

Le gouvernement du Nigeria a dit jeudi redouter une « explosion » du nombre
de contaminations parmi ses 190 millions d’habitants. A ce jour, seuls 51 cas
pour un mort y ont été officiellement recensés.

En Côte d’Ivoire, les autorités ont décidé d’isoler la capitale économique
Abidjan et ses 5 millions d’habitants. « On fait tout pour anticiper la
propagation de l’épidémie », a expliqué à l’AFP un porte-parole de la police,
Didier Kra.

Le pays n’a pour l’heure enregistré que 80 cas, tous soignés dans une unité
spécialisée d’un hôpital d’Abidjan.

Dans une note publiée jeudi, l’agence de notation financière Moody’s a
anticipé que le coronavirus aurait un « impact macroéconomique et financier
sévère » sur le continent, a averti son vice-président David Rogovic.

Les producteurs ivoiriens de caoutchouc ont déjà évalué leurs pertes
mensuelles à près de 100 millions d’euros. (AFP)

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