Coronavirus : L’Iran interdit une mission de MSF

L’Iran a suscité “l’incompréhension” de Médecins sans frontières (MSF) en refusant le déploiement d’une équipe de l’ONG, assimilée à des “forces étrangères” dont Téhéran ne veut pas sur son sol pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, qui y a fait près de 2.000 morts.

“Du fait de la mise en oeuvre du Plan national de mobilisation contre le coronavirus et de la pleine utilisation des capacités médicales des forces armées, il n’est pas nécessaire pour l’instant que des lits d’hôpitaux soient créés par les forces étrangères, et la présence de celles-ci est exclue”, a déclaré mardi 24 mars Aliréza Vahabzadeh, conseiller du ministre de la Santé.

M. Vahabzadeh a fait ces déclarations sur Twitter après la multiplication d’attaques de la part des ultraconservateurs, dans la presse et sur les réseaux sociaux, accusant le personnel de MSF d’être “des espions” et appelant à ne “pas les laisser entrer”.

Un hôpital de 50 lits

L’ONG avait annoncé dimanche l’envoi d’un “hôpital gonflable de 50 lits” et d’“une équipe d’urgence de neuf personnes à Ispahan” (centre), la troisième ville d’Iran, dans le but de soulager “la pression sur le système de santé local”.

Dans un communiqué, MSF a dit “son incompréhension suite aux déclarations du ministère de la Santé (…) annonçant l’annulation de (son) intervention (…) pour gérer les cas graves de Covid-19 à Ispahan”.

MSF ajoute que l’annonce du ministère intervient après l’atterrissage, “dimanche et lundi soir” à Téhéran, de deux avions-cargos contenant tout le matériel nécessaire”, et l’arrivée de son équipe de 9 personnes à Ispahan, où celle-ci “a été accueillie positivement par les autorités sanitaires locales”.

L’organisation dit être “prête à redéployer rapidement son équipe d’urgence et ses capacités de traitement ailleurs en Iran, ou à les transférer rapidement dans d’autres pays de la région, où ils sont nécessaires de façon urgente pour faire face aux besoins massifs de traitement des patients hospitalisés et infectés par le Covid-19”.

“Dans une situation où des dizaines d’hôpitaux de campagne des Forces armées sont prêts et de nombreux hôpitaux sont vides”, l’aide de MSF ne répond à aucun besoin du pays, a insisté M. Vahabzadeh pour qui il n’y a rien dans l’aide proposée par MSF “qui permettrait de réduire les effets des sanctions” américaines contre l’Iran.

M. Vahabzadeh a néanmoins tenu à remercier MSF de son offre.

25.000 malades

La République islamique est l’un des pays les plus touchés par la pandémie de nouveau coronavirus avec l’Italie, la Chine et l’Espagne.

Selon M. Jahanpour, 1.762 nouveaux cas de contamination, un record quotidien, ont été confirmés depuis la veille. Au total, a-t-il dit, 24.811 personnes ont contracté la maladie en Iran.

Bien que Washington s’en défende, les sanctions unilatérales que les Etats-Unis ont rétablies en 2018 et qu’ils ne cessent de durcir depuis lors, rendent pratiquement impossible pour Téhéran l’importation du moindre médicament ou équipement médical.

A Genève, Michelle Bachelet, Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, a demandé mardi que les sanctions internationales frappant l’Iran, mais encore le Venezuela, Cuba et la Corée du Nord, soient “assouplies ou suspendues” en cette “période cruciale”, afin de permettre à ces pays d’“obtenir les fournitures et équipements médicaux essentiels”.

Aide européenne

Dans un “message au peuple américain”, le président iranien Hassan Rohani a exhorté le 20 mars les Américains à faire pression sur leur gouvernement pour qu’il mette fin à des sanctions dont les seules victimes sont selon lui, non pas le gouvernement, mais “les gens ordinaires”.

L’Union européenne, qui dit vouloir envoyer 20 millions d’euros d’aide à l’Iran pour soutenir les efforts du pays contre l’épidémie du Covid-19, a appelé lundi la communauté internationale à y acheminer de l’aide humanitaire.

Depuis plusieurs semaines, Téhéran affirme que les sanctions américaines entravent sa réponse à l’épidémie et appelle les pays du monde entier à faire pression sur Washington pour mettre fin à ce que le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif qualifie de “terrorisme médical”. (AFP)

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