Cyclone Idai : Plus de 700 morts, 2 millions de sinistrés

Le bilan en pertes humaines ne cesse de s’alourdir à mesure que les secouristes progressent dans les zones frappées par le cyclone Idai au Mozambique et au Zimbabwe: plus de 700 personnes ont péri. Des centaines de milliers de sinistrés ont tout perdu et sont désormais menacés par une épidémie “inévitable” de maladies.

La région de Beira, sous les eaux (Photo : PAM)

Au Mozambique, pays le plus meurtri par le cyclone Idai, qui s’est abattu le 14 mars sur l’Afrique australe, “le nombre de morts a malheureusement augmenté”, à 446, a annoncé dimanche 24 mars le ministre de l’Environnement Celso Correia.
“Hier (samedi), on avait 417 morts et aujourd’hui on est à 446 morts” car “on a reçu des informations de zones qui étaient jusqu’à présent isolées”, a-t-il ajouté depuis la ville de Beira (centre), détruite à “90%” par le cyclone.

“Un désastre naturel sans précédent”

“C’est un désastre naturel sans précédent. La zone affectée (au Mozambique) est d’environ 3.000 km2. Un désastre qui équivaut aux catastrophes majeures”, a avancé le ministre. “Malheureusement, personne dans la région ni dans le monde ne pouvait prédire un désastre d’une telle ampleur”.

“On a l’impression d’avoir affaire aux conséquences d’une guerre à grande échelle”, renchérit le ministre de la Défense par intérim, Perrance Shiri.

Au Zimbabwe voisin, des inondations catastrophiques et des éboulements ont fait au moins 259 morts, selon l’ONU, et près de 200 disparus, dont 30 écoliers.

“Le bilan devrait encore monter”

“Le bilan devrait encore monter puisque des zones jusqu’à présent isolées deviennent désormais accessibles”, a prévenu le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

“La situation va encore empirer avant de s’améliorer”, confirme la directrice générale de l’Unicef, Henrietta Fore. “Les agences humanitaires commencent à peine à voir l’ampleur des dégâts. Des villages entiers ont été submergés, des immeubles rasés, des écoles et des centres de santé détruits”, a-t-elle poursuivi.

“L’étendue et l’échelle des dommages et des souffrances est sidérante. Des dizaines de milliers de familles ont tout perdu. Des enfants ont perdu leurs parents. Des communautés ont perdu des écoles et des cliniques”, a commenté le secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Elhadj As Sy, qui a survolé les zones inondées.

“Nous devons réagir rapidement et à grande échelle, et nous préparer à accompagner les populations touchées à plus long terme”, a-t-il souligné.

L’ONU appelle à la solidarité

Devant l’ampleur des dégâts, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé vendredi dans un communiqué la communauté internationale à multiplier les dons, soulignant la nécessité d’une “solidarité” pour les mois à venir.

L’ONU a déjà dégagé 20 millions de dollars en première aide d’urgence. Le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) a mobilisé ses réserves d’urgence pour distribuer des milliers de tentes, sacs de couchage, ustensiles de cuisine, moustiquaires, lampes solaires…

“Cependant, une bien plus grande aide internationale est nécessaire”, a insisté M. Guterres. Une conférence de donateurs est prévue le 11 avril à Beira.

“On doit faire plus”

Les opérations de secours et d’acheminement de l’aide, avec hélicoptères, bateaux militaires, pneumatiques, de pêche, se poursuivent dans des conditions difficiles, compte tenu de l’effondrement de nombreuses routes et de ponts.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui compte venir en aide à quelque 600.000 personnes dans la région, a déclenché son niveau d’urgence 3, équivalent aux crises au Yémen, en Syrie ou encore au Soudan du Sud.

“Des dizaines de milliers de personnes ont tout perdu. Avec l’étendue des dégâts qui se précise, le nombre de personnes dans le besoin augmente. On doit faire plus”, a alerté le porte-parole du PAM, Hervé Verhoosel. “Après l’analyse des images satellite, nous estimons que 1,7 million de personnes se trouvaient sur la trajectoire du cyclone, rien qu’au Mozambique”.

“L’étendue du problème est au-delà des moyens de n’importe quel pays ou de n’importe quel gouvernement”, a expliqué Gerry Bourke, du PAM. “On monte en intensité, mais (…) cela va prendre des mois avant d’atteindre une phase où la plupart des gens qui ont besoin d’aide seront effectivement aidés”.

“Les gens meurent comme des chèvres”

“On n’a rien, les gens meurent comme des chèvres ou des poules. On n’a aucune aide. On meurt de faim”, implore un habitant du district de Buzi (centre), l’un des plus touchés au Mozambique.
“Notre maison, mon école et tout le reste ont été emportés par les eaux”, raconte Teresa Mendes, 12 ans, son petit frère à la main. “Moi, ma mère et mes frères, on a grimpé à un arbre et on y est resté jusqu’à ce que l’eau descende et qu’un bateau vienne nous chercher pour nous amener ici”, dans une école.

Grâce à la décrue qui se poursuit, les secours ont continué leurs opérations de distribution de nourriture et de reconstruction des routes.

“Il n’y a plus personne bloqué dans des arbres”, a assuré Sebastian Stampa d’OCHA. Mais “il y a encore des gens sur les toits” qui ont refusé d’être hélitreuillés, a-t-il ajouté, expliquant qu’ils survivaient en faisant sécher de la nourriture sur des tôles ou des toits-terrasses.

A Buzi, les survivants dorment dehors, sur des containers, sous des bâches en plastique ou à la belle étoile… et sous la pluie qui continue par intermittence

Près de deux millions de personnes sont affectées par le cyclone et ses inondations en Afrique australe.
Au Mozambique, plus de 100.000 personnes on trouvé refuge dans des centres d’hébergement d’urgence, notamment des écoles.

A Beira, les rescapés se bousculent pour obtenir nourriture et vêtements, tandis que la Croix-Rouge tente de réunir des membres de familles dispersées.

“Je ne sais pas où est mon mari”, témoigne Céleste Dambo, secourue par un bateau de pêche à Buzi, l’un des districts les plus touchés. Elle dort à même le sol, avec ses trois enfants, dans le gymnase de l’école Samora Machel de Beira.

La logistique “reste un défi”

Dix jours après le passage du cyclone, la “logistique” pour accéder aux disparus et acheminer l’aide “reste un défi”, constate OCHA.

Au moins 80% des infrastructures électriques de Dondo, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Beira, sont endommagées, selon le gouvernement. Beira, où vivent un demi-million de personnes, reste partiellement privée d’électricité.

Mais les travaux de réparation de la seule route qui permet d’accéder à la ville et avait été partiellement emportée par les eaux viennent d’être terminés. Et des rescapés profitent de la décrue pour reconstruire leurs maisons avec les moyens du bord.

Après le déblayage des grands axes et le sauvetage des personnes encore bloquées dans les zones inondées, “la prochaine étape est d’avoir accès à de l’eau potable, parce que ce qui nous attend, ce sont des maladies”, a annoncé Henrietta Fore.

“Le temps presse”

Le gouvernement mozambicain et les humanitaires redoutent en effet l’apparition de maladies transmises par l’eau, compte tenu des eaux stagnantes et de la promiscuité dans les centres d’hébergement.

A Buzi, où l’odeur des égouts qui ont débordé est pestilentielle, de très nombreux habitants toussent.
“La promiscuité dans les centres d’hébergement, le manque d’hygiène, les eaux stagnantes et infectées posent des risques de maladies comme le choléra, le paludisme et les diarrhées”, a prévenu l’Unicef.

“Le temps presse, on est à un moment critique”, a mis en garde sa directrice. Evoquant “des corps décomposés et un manque d’hygiène et d’installations sanitaires”, elle a également fait part de son inquiétude compte tenu de “l’eau stagnante et des moustiques qui arrivent”.

“Il est inévitable que des cas de choléra et de paludisme apparaissent”, a estimé le ministre Correia, précisant qu’“un centre de traitement du choléra” avait été mis en place.

Risques de paludisme, typhoïde et choléra

“Le déplacement d’un grand nombre de personnes et les inondations provoquées par le cyclone Idai augmentent significativement les risques de paludisme, de typhoïde et de choléra”, confirme Matshidiso Moeti, directrice régionale pour l’Afrique à l’Organisation mondiale pour la santé (OMS).

La Croix-Rouge avait annoncé vendredi des premiers des cas de choléra au Mozambique, mais les Nations unies et Maputo ont affirmé ne pas en avoir, pour l’heure, enregistré.

“Il y aura des maladies transmises par l’eau”, a cependant prévenu Sebastian Rhodes-Stampa d’OCHA. “Mais si (…) on a des centres déjà en place, on sera capable de gérer la situation”.

“Les maladies respiratoires risquent également d’être un problème sanitaire. Il pleut encore à l’intérieur des maisons, et pour les personnes sans domicile rassemblées dans des écoles ou des églises, le confinement favorise la transmission de ces maladies comme la pneumonie”, a pour sa part averti Médecins sans frontières (MSF).

“Changement climatique”

Des experts ont mis en cause le manque de préparation du Mozambique et du Zimbabwe face aux catastrophes naturelles.

Ces deux pays ont “des gouvernements faibles qui se focalisent sur d’autres sujets plus importants à leurs yeux”, analyse John Mutter de l’Université Colombia aux Etats-Unis. “Et puisque les cyclones sont si rares dans cette région du monde, le niveau de préparation est minime. Les problèmes de pauvreté sont bien plus importants”.

Amnesty International a appelé la communauté internationale à se mobiliser devant l’ampleur de la catastrophe, mais aussi devant les conséquences du changement climatique.

“Alors que les effets du changement climatique s’intensifient, on peut s’attendre à ce que ces conditions climatiques extrêmes se produisent plus fréquemment”, redoute Amnesty, appelant à “des mesures ambitieuses pour lutter contre le changement climatique”. (Le JD avec agences)

LE POINT SUR L’AIDE EN COURS

Avant même la réunion des bailleurs de fonds prévue le 11 avril à Beira, plusieurs donateurs ont annoncé des aides d’urgence aux victimes du cyclone.

Pour venir en aide aux victimes dans la région, l’ONU a annoncé 20 millions de dollars.

L’Union européenne a débloqué une enveloppe d’urgence de 3,5 millions d’euros.

Le Royaume-Uni a donné 7 millions d’euros, et l’Afrique du Sud 350.000 dollars.

Le Canada a annoncé une assistance “initiale” de quelque 3,5 millions de dollars canadiens (2,3 millions d’euros) au Malawi, au Mozambique et au Zimbabwe, “pour appuyer les organismes humanitaires”, particulièrement pour “l’approvisionnement en nourriture et en eau, les abris, ainsi que les services d’assainissement, de soins de santé et de protection”.

Le pays a en outre fourni du matériel de secours, notamment des bâches, des kits d’abris, des moustiquaires et des couvertures.

L’aide du Canada sera remise par l’intermédiaire des Nations unies, de la Croix-Rouge et des ONG.

Le gouvernement chinois a décidé de faire don de 800.000 dollars d’aide humanitaire au Zimbabwe.

Parallèlement, la communauté chinoise dans le pays a mobilisé des fournitures pour une valeur de près de 310.000 dollars.
“Mercredi, onze camions remplis de ces fournitures, comprenant du maïs, de l’huile de cuisson, de l’eau en bouteille, des tentes, des couettes et des couvertures sont arrivés dans la zone sinistrée et ont atteint les personnes dans le besoin”, a déclaré l’ambassadeur de Chine au Zimbabwe, Guo Shaochun.
Pékin a également dépêché au Mozambique une équipe de 65 secouristes.

Le Maroc a acheminé 39 tonnes de tentes, couvertures et denrées alimentaires.

La Tanzanie prévoit d’en-voyer des médicaments et des vivres.