Dix ans après le massacre de Conakry, toujours pas de procès

Des ONG locales et internationales, des ambassades étrangères et l’ONU ont réclamé l’ouverture d’un procès en Guinée, dix ans après le massacre du stade de Conakry qui avait fait au moins 157 morts.

Le 28 septembre 2009, des militaires avaient tué au moins 157 personnes et violé 109 femmes dans un stade de Conakry où étaient rassemblés des milliers d’opposants à la candidature à la présidentielle du chef de la junte de l’époque, Moussa Dadis Camara, selon une commission internationale d’enquête de l’ONU.

Son rapport, qui accablait les autorités de l’époque, avait conclu à un “crime contre l’humanité”.
L’instruction sur le massacre est clôturée depuis fin 2017, mais la date du procès n’a toujours pas été fixée.

“Déferlement de violence”

Six organisations guinéennes et internationales, dont Human Rights Watch (HRW), la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Hommme (FIDH) et Amnesty International, ont dénoncé le fait que dix ans après le massacre du stade de Conakry et ce “déferlement de violence”, les “familles attendent toujours qu’on leur rende justice” et réclament l’ouverture du procès.

“Pour ceux qui ont perdu leur fils, fille, père ou mère, l’horreur de ce jour reste à jamais gravée dans leur mémoire”, a déclaré Asmaou Diallo, présidente de l’Association guinéenne de victimes (Avipa). “Nous avons droit à ce que les responsables de ces atrocités rendent des comptes”.

Selon ces organisations, le “comité de pilotage chargé d’organiser le procès sur le plan pratique”, censé se réunir “chaque semaine”, ne le fait “que par intermittence”.

Les juges pas encore désignés

“Les juges qui présideront le tribunal n’ont toujours pas été désignés. Certains survivants sont décédés pendant que l’affaire continue de traîner en longueur; plusieurs individus inculpés de charges liées aux homicides et aux viols occupent toujours des postes d’influence”.

Pour Abdoul Gadiry Diallo, président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH), ce procès “nécessite un appui politique au plus haut niveau” et le président guinéen Alpha Condé “doit agir en faveur des victimes en appuyant sans équivoque l’ouverture du procès”. Le “ministre de la Justice doit s’assurer qu’il s’ouvre dans les plus brefs délais”.

Dans un communiqué conjoint, les ambassades des Etats-Unis et de France ainsi que la Délégation de l’Union européenne en Guinée ont exprimé leur impatience.

“Nous soulignons l’importance de la tenue d’un procès sans plus tarder, afin que les auteurs présumés de ces crimes puissent répondre dans les plus brefs délais de leurs actes devant la justice”, écrivent-elles, réitérant leur “engagement à coopérer étroitement avec les autorités et la justice guinéennes en vue de garantir l’organisation d’un procès transparent et équitable”.

“Impunité”

La Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a elle aussi appelé les autorités à “accélérer” l’organisation du procès.

“L’impunité règne depuis trop longtemps en Guinée et empêche les cicatrices des victimes de guérir. La paix et la réconciliation durables ne seront pas atteintes tant que justice et responsabilité ne seront pas maintenues”, a déclaré Michelle Bachelet dans un communiqué.

“Il est particulièrement préoccupant qu’un certain nombre de hauts fonctionnaires mis en accusation soient toujours en poste et ne soient pas encore traduits en justice”, note-t-elle aussi.

Le gouvernement guinéen est “déterminé” à organiser ce procès, a réagi le Premier ministre guinéen, Ibrahima Kassory Fofana, à la télévision nationale.

“Tous les présumés auteurs desdites exactions, quels que soient leur appartenance politique, leur titre, leur rang ou leur grade, devront répondre de leurs actes devant la justice de notre pays”, a-t-il assuré.

Un palais de justice à construire

“Ce qui est sûr, c’est que la volonté politique du président de la République et de son gouvernement est sans équivoque quant à la tenue de ce procès”, a insisté le ministre de la Justice, Mohamed Lamine Fofana.

Il a évoqué “deux handicaps”: après avoir d’abord misé sur la rénovation d’une salle de cinéma comme lieu du procès, “nous avons opté pour la construction d’un nouveau palais de justice”, dont le marché “est en cours d’être finalisé”.

“Ensuite, les magistrats et le personnel judiciaire en général doivent être préparés en renforcement de capacité, préparés psychologiquement pour résister au stress…”, a-t-il poursuivi.

“Les victimes ont attendu 10 ans, elles n’ont qu’à patienter encore quelques mois”, a-t-il conclu. (Le JD avec agences)

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