Ebola en RDC : 1.000 morts, l’OMS s’attend à une transmission « intense »

L’épidémie d’Ebola qui frappe la RDC depuis août a franchi la barre des 1.000 décès. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) anticipe une transmission “intense” du virus.

Le virus Ebola

Le cap des 1.000 morts a été franchi vendredi 3 mai dans l’épidémie de la fièvre hémorragique Ebola en RDC, a annoncé le ministère de la Santé.

“Au total, il y a eu 1.008 décès (942 confirmés et 66 probables) et 422 personnes guéries”, a indiqué le ministère, neuf mois après la déclaration de l’épidémie le 1er août dans la province du Nord-Kivu (est), et très marginalement dans l’Ituri voisine.

“Le taux de létalité globale de l’épidémie est de 65,9%”, a ajouté l’autorité sanitaire congolaise, qui orchestre la riposte avec l’OMS, l’Unicef et plusieurs ONG.

Le 2 mai, les autorités sanitaires ont enregistré 14 nouveaux décès de cas confirmés.
Le dimanche précédent, 26 avaient été rapportés, un nombre record.
“Toutes les 26 personnes sont mortes le dimanche 28 avril” et “c’est la première fois qu’on a atteint ce chiffre”, a souligné le ministère.

“Transmission continue et intense”

“Nous sommes confrontés à une situation difficile et instable”, a reconnu le directeur du Programme pour les Urgences de l’OMS, Michael Ryan, lors d’une conférence de presse à Genève.
“Nous anticipons un scénario de transmission continue et intense”, a-t-il ajouté.

“Pour juguler l’épidémie (…), certains parlent de six ou neuf mois, ou une année”, a prudemment envisagé, de son côté, le ministre congolais de la Santé, le Dr Oly Ilunga.

C’est la dixième épidémie sur le sol congolais, et la deuxième la plus grave dans l’histoire du virus après celle qui a menacé l’Afrique de l’Ouest en 2014 (plus de 11.000 morts).

Elle frappe une région touchée par l’insécurité.
“Sur 1.008 décès, 523 (51,9%) ont été notifiés dans les zones de Butembo et Katwa”, relève le ministère.
Dans ces deux localités voisines, le nombre de décès, de cas avérés et de cas suspects est reparti à la hausse après l’attaque des deux Centres de traitement d’Ebola (CTE) fin février-début mars. En outre, un médecin camerounais de l’OMS a été tué le 19 avril à Butembo par des hommes armés.

Maladie “instrumentalisée”

L’OMS avait espéré contenir l’épidémie, notamment grâce à l’introduction d’un vaccin expérimental, inoculé à plus de 110.000 personnes. Mais au cours des dernières semaines, de hauts responsables de l’agence onusienne ont admis que l’insécurité, le manque de ressources financières et les “manipulations” de politiciens locaux pour dresser la population contre les agents luttant contre Ebola avaient sérieusement compromis ces efforts.

“A Butembo, nous étions optimistes après avoir conféré avec le patronat, la jeunesse, etc. Mais les acteurs politiques, qui ont instrumentalisé la maladie, ont contribué à la désinformation de la population qui paie le prix fort”, a accusé le ministre.

“La société civile détient des enregistrements sonores des déclarations des acteurs politiques et leaders d’opinion opposés à la riposte”, a-t-il ajouté, sans autre précision.

Fin décembre 2018, Ebola a servi de prétexte à la Commission électorale (Céni) pour annuler l’élection présidentielle dans la région de Beni-Butembo. Cette décision a provoqué la colère durable des électeurs.

“Méfiance grandissante des populations”

Dans cette région, la population se méfie aussi des autorités qui n’ont pas su mettre fin aux massacres de civils attribués aux miliciens ougandais des ADF.

“La riposte dans sa conception et dans son pilotage ne tient pas compte de cette méfiance grandissante des populations”, regrette le Pr Godefroid Ka Mana, chercheur à Pole institute, spécialisé dans les questions de paix dans la région des Grands lacs.

De même, les enterrements “dignes et sécurisés” des malades à la charge de la Croix-Rouge sont perçus par les populations comme une “agression culturelle en mettant les cadavres d’Ebola dans des sacs et en les enterrant dans des fosses communes”, constate le philosophe.

Par ailleurs, le personnel de santé local reproche aux autorités et aux partenaires de les avoir “relégués aux seconds rôles dans les activités de riposte”, a confié un médecin sous couvert d’anonymat. (Le JD avec agences)