Eruption volcanique : Les îles Tonga manquent d’eau, redoutent le Covid

Les îles Tonga font face à une immense pénurie d’eau potable, une semaine après l’éruption du volcan Hunga Tonga-Hunga Ha’apai, tout en redoutant que les humanitaires n’apportent avec eux le coronavirus dont cet archipel est jusqu’à présent épargné.

La capitale des Tonga, Nuku’alofa, le 15 janvier (Photo : Unicef)

Sur Tongatapu, l’île principale de Tonga, “c’était comme une bombe atomique”, a témoigné Sione Taumoefolau, secrétaire général de la Croix-Rouge de Tonga. “Toute l’île a tremblé en raison du vacarme (causé) par l’éruption”.

Le 15 janvier, l’éruption du volcan Hunga Tonga-Hunga Ha’apai, qui a provoqué un tsunami avec des vagues de 15 mètres de hauteur, a fait trois morts. Environ 84.000 personnes, soit plus de 80% de la population des Tonga, ont été affectées, d’après.

De nombreuses personnes vivant sur des îles éloignées et dont les maisons ont été détruites ont été évacuées sur la grande île de Nomuka.

L’éruption a coupé cette petite nation du Pacifique du reste de la planète après la rupture du câble de communications reliant l’archipel au réseau Internet.

“Tout est recouvert par les cendres du volcan”

“Le pire, pour nous, ce sont les cendres. Tout est recouvert par les cendres du volcan”, a indiqué M. Taumoefolau.

Selon des estimations, pendant l’éruption, environ un kilomètre cube de matière a été propulsé, et les experts pensent que le Hunga-Tonga-Hunga-Ha’apai restera actif “pendant des semaines, voire des mois”.

Jonathan Veitch, en charge de coordonner les opérations pour les Nations unies depuis les Fidji, a estimé que le principal problème pour les Tongiens était l’eau potable. Les réserves d’eau de dizaines de milliers de personnes pourraient être contaminées par les cendres du volcan ou l’eau salée du tsunami qui a suivi.

“Les réserves en eau à travers les Tonga ont été sévèrement affectées par la chute de cendres et l’eau salée du tsunami”, confirme Katie Greenwood, de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Selon elle, il existe “un risque croissant de maladies comme le choléra et la diarrhée”.

“Avant l’éruption, une majorité d’entre eux dépendaient de l’eau de pluie”, a rappelé M. Veitch.

“Si les cendres ont rendu tout cela toxique, c’est un problème, à moins qu’ils puissent accéder à des sources souterraines”. Pour M. Veitch, il est donc “vital de pouvoir déterminer leur emplacement”.

Par ailleurs, les réserves alimentaires des Tonga pourraient ne pas être suffisantes. “Toute l’agriculture est dévastée”, a affirmé le président de l’Assemblée nationale du pays, Fatafehi Fakafanua.

Arrivée de l’aide internationale

Les opérations de secours ont véritablement commencé jeudi après que la principale piste d’atterrissage de l’archipel eut finalement été débarrassée de l’épaisse couche de cendres qui la recouvrait.

Des avions militaires australiens, néo-zélandais et japonais transportant de l’aide d’urgence ont pu se poser.

Un avion néo-zélandais a apporté “des bidons d’eau, des kits pour les abris temporaires, des générateurs, des kits d’hygiène et des équipements de communication”, a détaillé la ministre néo-zélandaise des Affaires étrangères, Nanaia Mahuta.

Un troisième navire de la marine néo-zélandaise à bord duquel se trouvent des hélicoptères, de l’eau, des bâches, du lait en poudre ainsi que du matériel d’ingénierie est en route pour les Tonga où il devrait arriver en début de semaine.

Samedi, un nouvel avion japonais, transportant de l’eau potable, s’est posé sur l’archipel, et trois appareils chargés de nettoyeurs haute pression vont suivre. Tokyo s’est en outre engagé à remettre une subvention d’urgence de plus d’un million de dollars.

L’Unicef a envoyé un grand nombre de kits d’eau et d’assainissement à bord du navire humanitaire australien HMAS Adelaïde, qui a quitté Brisbane jeudi soir.

La Chine a envoyé une aide financière d’urgence de 100.000 dollars aux Tonga, ainsi que de l’eau potable et de la nourriture.

D’autres pays, comme la France, ont promis une aide à l’archipel, troisième pays au monde le plus vulnérable aux catastrophes naturelles, selon le rapport sur les risques mondiaux.

La peur du Covid

Mais la distance, les difficultés de communication et les mesures mises en place pour éviter que le Covid-19 n’affecte ce royaume de 170 îles, jusque-là épargné, compliquent les opérations de secours.

“Ce n’est pas facile. C’est loin de tout, comme vous le savez. Il y a donc des contraintes d’accès. Et puis le problème de Covid, évidemment, ainsi que l’absence de moyens de communications”, a reconnu le coordinateur de l’ONU. “Je dirais que c’est presque un triple coup dur”.

“Les Tonga sont un pays zéro-Covid”, souligne Jens Laerke, le porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. “Ils ont des protocoles très stricts pour cela. L’une des premières règles de l’action humanitaire est de ne pas nuire”, aux pays concernés.

Les autorités exigent que l’aide soit livrée sans aucun contact physique et une période de quarantaine de trois semaines pour tout personnel humanitaire entrant dans le pays.

“C’est un moment très, très difficile pour le peuple tongien”, a averti Zed Seselja, ministre australien en charge du Développement international, mais “nous respectons le désir du gouvernement de ne pas ajouter une crise Covid à une crise humanitaire causée par un tsunami”.

Le ministre néo-zélandais de la Défense, Peeni Henare, a indiqué que toutes les livraisons se feraient sans aucun contact.

(Le JD avec agences)

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