Ethiopie : Au Tigré, la crise humanitaire s’aggrave

Au Tigré, en Ethiopie, “la crise humanitaire s’est aggravée” avec des premiers cas de personnes mourant de faim, a affirmé jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU, le secrétaire général adjoint de l’Organisation pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock.

Des réfugiés du Tigré dans un centre de transit au Soudan (Photo : HCR)

Sur le terrain, “aucune preuve” n’est venue confirmer un retrait de la région des forces militaires érythréennes, accusées d’exactions, comme l’avait promis fin mars le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, a déclaré Mark Lowcock lors d’une session à huis clos du Conseil de sécurité.

“Mettre un terme aux atrocités”

“Le conflit n’est pas terminé et les choses ne s’améliorent pas. Sans un cessez-le-feu, cette crise humanitaire déjà grave ne fera que s’aggraver”, a averti le responsable de l’ONU. “Je réitère à nouveau la nécessité pour les Forces de défense érythréennes de mettre un terme aux atrocités et de se retirer. L’annoncer n’est pas la même chose que le faire”.

“Le personnel humanitaire continue de signaler de nouvelles atrocités qui, selon lui, sont commises par les forces de défense érythréennes”, a-t-il indiqué.

“Mais les Erythréens ne sont pas le seul acteur. Selon certaines informations, des civils auraient été attaqués et chassés de leurs maisons dans l’ouest du Tigré par les milices Amhara, et les autorités de ce groupe ethnique restreignent les accès à ces personnes”, a rapporté M. Lowcock.

Le viol “comme une arme de guerre”

Selon lui, la violence sexuelle a aussi redoublé dans la région du Tigré.

“La majorité des viols sont commis par des hommes en uniforme. Les cas signalés concernaient les forces de défense nationale éthiopiennes, les forces de défense érythréennes, les forces spéciales d’Amhara et d’autres groupes armés irréguliers ou des milices alignées”, a-t-il précisé.

“Il ne fait aucun doute que la violence sexuelle est utilisée dans ce conflit comme une arme de guerre, comme un moyen d’humilier, de terroriser et de traumatiser une population entière aujourd’hui et dans sa prochaine génération”.

“Les combats doivent cesser!”, a lancé Mark Lowcock.

“Intensifier considérablement l’aide humanitaire”

“Nous devons encore intensifier considérablement l’aide humanitaire aux populations de tout le Tigré. Nous savons déjà qu’au moins 4,5 millions de personnes sur près de six millions au Tigré ont besoin d’une aide humanitaire. Le gouvernement lui-même estime que 91% de la population du Tigré a besoin d’une aide alimentaire d’urgence”, a-t-il plaidé.

Le responsable de l’ONU a indiqué avoir reçu cette semaine un premier rapport selon lequel une personne déplacée sur quatre meurt de faim.

“L’amélioration de l’accès et la réduction des combats et des atrocités se sont souvent révélées temporaires et sporadiques. Il n’y a pas assez d’aide pour atteindre les personnes qui en ont besoin. Alors elles deviennent de plus en plus affamées et malades”, a-t-il déploré.

“Depuis le début du conflit (en novembre), les civils ont subi des bombardements aveugles de villes, des violences ciblées, des meurtres et exécutions de masse et des violences sexuelles systématiques comme arme de guerre”, a souligné le responsable onusien.

Selon lui, “le nombre de personnes déplacées augmente” pour avoir atteint fin mars “1,7 million de personnes au Tigré”.

(AFP)

TAGS