La Grèce confrontée à sa plus grande vague migratoire depuis 2016

“On gère au jour le jour”, soupire un garde-côte grec, à l’arrivée d’un nouveau groupe de migrants, le cinquième de la journée, sur une plage de l’île de Lesbos en Grèce, confrontée à sa plus grande vague migratoire depuis 2016.

Des migrants, arrivés à Lesbos, sont dirigés vers Athènes (Photo HCR/Archives)

Sur la rive de Skala Sykamineas, au nord de l’île grecque de Lesbos, “plus de 250 personnes sont arrivées en un seul jour”, mardi 1er octobre, explique Patrick Foley, qui coordonne les secours pour l’ONG suédoise Lighthouse Relief.

“Nous avons assisté plus de 5.000 personnes en deux mois”, ajoute-t-il, alors que deux nouveaux bateaux chargés d’une cinquantaine de migrants ont accosté le lendemain.

“On a connu une escalade énorme depuis deux mois”, observe-t-il, dans un contexte de nouvelle crise migratoire en Grèce, quatre ans après l’arrivée d’un million de demandeurs d’asile.

En septembre, 10.258 migrants ont débarqué sur les îles grecques depuis les rives turques voisines, en majorité des familles afghanes et syriennes, selon le dernier décompte du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) des Nations unies.

“De loin la pire période”

“La Grèce vit de loin la pire période” depuis 2016, quand l’Union européenne et la Turquie ont signé un accord pour réduire le flux migratoire, juge le ministre adjoint à la protection civile Lefteris Oikonomou.

En mai, Lighthouse Relief a aidé 70 migrants à accoster en sécurité sur les plages de Lesbos et à leur offrir un hébergement temporaire.

Ce chiffre a dépassé les 2.800 arrivées en septembre, à peu près autant en août, précise-t-il.

Pour lui, l’avenir “est vraiment imprévisible: on peut revenir à une situation normale du jour au lendemain, c’est peut-être une tendance à court terme ou au contraire continuer à augmenter”, estime-t-il.

Le pic des arrivées sur les îles égéennes met en péril un réseau d’hébergement pour les migrants déjà complètement engorgé.

Les cinq “hotspots” sur les îles de Lesbos, Samos, Kos, Chios et Leros abritent plus de 26.000 migrants et réfugiés pour à peine plus de 6.000 places.

Conditions “inhumaines”

“Garder des gens sur les îles dans de telles conditions d’insécurité est inhumain et doit prendre fin”, souligne le HCR qui exhorte “les autorités grecques à accélérer leur projet de transférer sur le continent plus de 5.000 demandeurs d’asile déjà autorisés à poursuivre leur procédure de demande d’asile”.

“En parallèle, de nouvelles places d’hébergement doivent être fournies pour alléger la pression des îles vers le continent grec où la plupart des sites ont la capacité” de les accueillir, précise encore l’agence onusienne.

En Grèce, beaucoup estiment que la Turquie n’en fait pas assez pour freiner le flux migratoire dans la mer Egée, dont les traversées périlleuses font des centaines de noyades par an.

Mais, selon Patrick Foley, c’est la crainte d’une arrestation en Turquie qui pousse les migrants, en particulier les Afghans, à se rendre en Grèce le plus rapidement possible.

“Beaucoup de personnes venant d’Afghanistan ont passé à peine deux semaines en Turquie avant d’entreprendre la traversée”, en sachant “à peu près” ce qui les attend dans les camps grecs, rapporte le coordinateur de l’ONG.

Mais ils “pensent que les choses ne peuvent pas être pires”, lâche-t-il. (AFP)

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