La guerre en Ukraine ne doit pas faire “oublier” la crise en Afghanistan

La guerre en Ukraine ne doit pas faire “oublier” la crise humanitaire en Afghanistan, “où l’attention et les ressources sont nécessaires”, a déclaré mardi à Kaboul le Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés, Filippo Grandi.

Distribution de vivres à Kandahar, en Afghanistan (Photo : Xinhua)

“Toute l’attention du monde en ce moment est tournée vers l’Ukraine”, a déclaré M. Grandi en visite dans la capitale afghane. “Mon message en venant ici est qu’il ne faut pas oublier les autres situations, où l’attention et les ressources sont nécessaires, et l’Afghanistan en est une”, a-t-il plaidé.

Des “crises en concurrence avec l’Afghanistan”

“Les risques de détourner l’attention sont très, très élevés (…) L’aide humanitaire doit être acheminée, peu importe le nombre d’autres crises en concurrence avec l’Afghanistan dans le monde”, a-t-il ajouté.

Depuis l’arrivée au pouvoir des talibans en août dernier, l’Afghanistan est plongé dans une profonde crise financière, aggravant une situation humanitaire déjà désastreuse après quatre décennies de conflit et des récentes sécheresses.

La faim menace aujourd’hui 23 millions d’Afghans, soit 55% de la population, selon l’ONU.

Les avoirs afghans à l’étranger sont gelés et l’aide internationale – qui finançait près de 75% du budget afghan – commence à revenir lentement après avoir été arrêtée net.

Le mois dernier, l’ONU a lancé son plus grand appel d’aide pour un seul pays, soit 5 milliards de dollars, pour éviter une catastrophe humanitaire en Afghanistan.

Le HCR a lui-même demandé 340 millions de dollars pour 2022, mais n’a pour l’instant réussi à lever qu’environ 100 millions de dollars, selon le Haut-commissaire.

“Nous devons pousser parce que les besoins sont les mêmes aujourd’hui qu’en septembre”, juste après la prise de pouvoir des talibans, a ajouté Filippo Grandi, pour qui “la réponse généreuse doit continuer”.

Discussions de plus en plus “franches et ouvertes”

Prenant acte d’une amélioration sécuritaire dans le pays depuis l’arrivée au pouvoir du régime fondamentaliste islamiste – qu’aucun pays n’a reconnu jusque-là -, M. Grandi s’est félicité des discussions de plus en plus “franches et ouvertes” avec les talibans sur les questions d’aide humanitaire.

Depuis la mi-août, environ 200.000 personnes déplacées à l’intérieur du pays sont revenues chez elles grâce à l’amélioration de la sécurité, a-t-il indiqué.

Les pays occidentaux conditionnent au respect des droits humains, particulièrement ceux des femmes, le déblocage de milliards de dollars d’aide.

Depuis août, les talibans ont imposé des restrictions aux femmes, qui sont notamment largement exclues des emplois du secteur public.

Les collèges et lycées sont encore fermés pour les filles dans la majorité du pays, et doivent rouvrir d’ici la fin du mois, ont promis les talibans.

“Lorsqu’il y a 25 ans, ce pays est sorti des écrans radar, cela s’est très mal terminé (…) Nous ne pouvons pas prendre le même chemin. J’espère que le bon sens prévaudra”, a-t-il conclu, en faisant référence aux années de guerre civile qui ont conduit au premier règne des talibans (1996 à 2001), au cours duquel ces derniers ont piétiné largement les droits humains.

(AFP)

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