La peur du coronavirus ne ralentit pas le flux de migrants à travers le désert

Coronavirus ou non, des milliers d’Africains continuent de tenter la périlleuse traversée du désert via le nord du Niger et la Libye dans le but d’atteindre les côtes méditerranéennes puis l’Europe.

Des migrants à Assamaka, au Niger, près de la frontière avec l’Algérie (Photo : MSF/Archives)

“Gambiens, Sénégalais, Maliens… Ils sont toujours déterminés à y aller. Un migrant m’a confié: ‘je préfère mourir de coronavirus que de vivre la misère’”, témoigne Alassane Mamane, un fonctionnaire retraité, vivant à Agadez, carrefour du désert et point de départ de nombreux migrants vers la Libye.

Passer à travers les mailles du filet est de plus en plus compliqué. En plus du plan anti-migrants en place depuis 2015 avec des patrouilles renforcées, les forces de sécurité ont “encore intensifié la surveillance pour faire respecter la mesure de fermeture des frontières dans la lutte contre le coronavirus”, relève un élu local.

L’ex-passeur Idrissa abonde: “Avant, on pouvait passer ‘un peu un peu’, mais à cause des mesures anti-coronavirus (fermeture des frontières), la route est carrément bloquée. Les militaires ratissent le long de la frontière de jour comme de nuit. De l’autre côté également, les Libyens sont devenus très vigilants”.

Flot pas tari

Le Niger a décrété l’état d’urgence, fermé les frontières et isolé la capitale du reste du pays.

La Libye, qui est devenue un enfer pour les migrants depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, n’est pas non plus épargnée par le virus.

Pourtant, “des gens (migrants) partent à Dirkou et à Madama à la frontière libyenne (pour espérer entrer en Libye) mais des dispositions ont été prises” pour les en empêcher, note Bourkari Mamane, le maire d’Agadez, la grande ville du nord du Niger.

Toutefois, le flot est loin d’être tari. Les migrants “tentent en pagaille d’entrer en Libye. Ils parviennent à contourner les barrières (de sécurité). Les malchanceux se font prendre par les patrouilles militaires”, explique Boubakar Jérôme, le maire de Dirkou, une ville proche de la Libye.

En moins de deux mois, plus de 300 migrants ont été interceptés par l’armée nigérienne à la frontière libyenne. La semaine passée, 33 clandestins ont encore été pris dans le même secteur, compte le maire.

“Ils s’en foutent du coronavirus. A Agadez, certains ‘ghettos’ (cours intérieures où sont hébergés les migrants) ont rouvert et les migrants guettent la moindre occasion pour foncer dans le désert”, atteste Bachir Amma, le président de l’Association des ex-passeurs de migrants.

Idrissa Salifou, l’ex-passeur, raconte: “récemment, une soixantaine de véhicules transportant des migrants ont réussi à entrer en Libye, mais ils ont vite été cueillis par les garde-frontières libyens qui les ont conduits vers une de leurs villes”.

Au Niger, les migrants secourus ou interceptés dans le désert sont placés en quarantaine durant 14 jours sur des sites temporaires dans le nord. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a accueilli quelque 1.600 migrants “bloqués dans le désert” depuis la fermeture des frontières fin mars.

Un total de 764 migrants dont 391 du Niger, 140 du Mali et 101 de Guinée, ont été mis en quarantaine à Assamaka, à la frontière avec l’Algérie. Parmi eux, des enfants, des femmes enceintes et des personnes blessées, détaille l’OIM.

Nouvelles routes

“Aussitôt sortis d’isolement, certains migrants “retentent leur chance”, déplore Boubakar Jérôme.

L’agence onusienne a lancé “un appel urgent” aux bailleurs de fonds pour “une aide supplémentaire” de 10 millions de dollars pour faire face aux besoins des migrants.

Elle dit avoir loué des installations “supplémentaires” et “renforcé les mesures de prévention dans ses six centres de transit “qui sont actuellement au maximum de leur capacité”.

Plus que les patrouilles dans le désert, c’est l’isolement de Niamey du reste du pays (interdiction de sortir ou d’entrer sans autorisation) qui a changé la donne.

Beaucoup de migrants ouest-africains passaient par Niamey avant de rallier Agadez ou les portes du désert.

“Avec l’isolement de Niamey, de plus en plus de migrants ont changé d’itinéraire: ils passent désormais par le Nigeria dont les frontières sont plus poreuses”, constate Bachir Amma, l’ex-passeur.

Le maire de Dirkou acquiesce: “Il existe mille et une routes: quelques chanceux arrivent à se faufiler pour entrer en Libye”. (AFP)

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