L’Alan Kurdi débarque 40 migrants, 121 bloqués sur l’Open Arms

La semaine a été agitée par un nouveau bras de fer entre des ONG, l’Italie et l’Union européenne pour faire débarquer plus de 160 migrants secourus au large de la Libye. Et les tensions pourraient se poursuivre avec l’arrivée prochaine d’autres navires humanitaires sur cette zone.

Un naufragé sur le pont de l’Open Arms, vendredi 2 août (Photo : Proactiva Open Arms)

L’Alan Kurdi de l’ONG allemande Sea-Eye et l’Open Arms de l’espagnole Proactiva Open Arms sont passés à l’action coup sur coup.

Mercredi 31 juillet, l’Alan Kurdi a secouru 40 migrants originaires d’Afrique de l’Ouest, dont une femme enceinte de six mois, trois jeunes enfants, un homme blessé par balle et deux survivants du sanglant bombardement du centre de détention de Tajoura début juillet près de Tripoli.

Dans la journée de jeudi, l’Open Arms a pris en charge 52 naufragés, dont 16 femmes et deux bébés, retrouvés à la dérive sur une barque qui prenait l’eau et menaçait de chavirer, à mi-chemin entre la Libye et l’île italienne de Lampedusa. Dans la nuit, il a recueilli 69 autres naufragés dont deux enfants et “une femme enceinte de neuf mois avec des contractions”, qui portaient “de terribles signes de violence”.

Les migrants de l’Alan Kurdi débarqués à Malte

Après être resté jeudi au large de l’île de Lampedusa, l’Alan Kurdi est reparti le lendemain en direction de Malte. Dimanche, il a finalement pu débarquer ses 40 passagers, à la suite d’un accord de répartition entre plusieurs pays de l’Union européenne.

Comme dans les cas précédents, le navire n’a pas été autorisé à entrer dans les eaux territoriales maltaises et ce sont les garde-côtes qui ont pris en charge les migrants dans les eaux internationales avant de les amener à La Valette.

Aucun de ces migrants ne restera à Malte. Le Portugal a fait état de sa disponibilité à recevoir cinq d’entre eux. Selon Lisbonne, la France, l’Allemagne et le Luxembourg ont également offert d’accueillir une partie des migrants de l’Alan Kurdi.

L’Open Arms dans l’attente

Pendant ce temps, l’Open Arms a été autorisé à débarquer deux femmes enceintes et la soeur d’une d’entre elles pour des raisons médicales. Mais 121 migrants y sont toujours entassés à l’ombre de bâches tendues sur le pont. Interdit d’entrer dans les eaux italiennes, l’Open Arms est toujours à “ la recherche d’un port sûr pour débarquement”, a écrit l’ONG sur Facebook.

Dès mercredi, Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur et leader d’extrême droite, avait signé un décret interdisant ses eaux aux navires humanitaires. Selon son ministère, les ministres de la Défense et des Transports, tous deux issus du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), ont également signé.

M. Savini a dénoncé “une énième provocation en Méditerranée de la part d’une ONG allemande” et accusé les secouristes de se comporter “de manière mesquine”.

Les garde-côtes libyens avaient proposé à l’Alan Kurdi de débarquer les naufragés à Tripoli, mais les ONG s’y refusent, faisant valoir que les migrants y risquent un nouveau cycle de détention, de violences et de tortures.

M. Salvini a pour sa part suggéré de conduire les migrants en Tunisie. Mais pour les ONG, Lampedusa est le “port sûr” le plus proche, dans la mesure où la Tunisie a régulièrement bloqué des migrants en mer avant de les rapatrier sans leur laisser le temps de déposer une demande d’asile.

Lors de sa dernière rotation au large de la Libye début juillet, l’Alan Kurdi avait secouru un total de 109 migrants, qui ont pu débarquer à Malte.

Quelques jours plus tôt, Sea-Watch, une autre ONG allemande, avait pour sa part choisi de braver l’interdit et de débarquer de force ses migrants à Lampedusa. Si la justice a invalidé l’arrestation de sa capitaine Carola Rackete, le navire est depuis sous séquestre.

Pour l’Open Arms, la situation est encore plus complexe: après avoir bloqué le navire pendant trois mois au printemps, les autorités espagnoles ne l’ont laissé repartir que pour convoyer du matériel en Grèce, avec selon l’ONG la menace d’une amende de 200.000 à 900.000 euros s’il se rendait au large de la Libye pour secourir des migrants.

Ocean Viking et Mare Jonio s’apprêtent

Ces sauvetages d’ONG s’inscrivent à un moment où deux autres navires humanitaires s’apprêtent à appareiller pour la zone des secours au large de la Libye.

L’Ocean Viking, le nouveau navire de SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), est en route.
Cette semaine, le collectif de gauche italien Mediterranea a annoncé que le parquet d’Agrigente (Sicile) avait levé le séquestre de son bateau Mare Jonio, bloqué depuis un précédent sauvetage en mai.

Le collectif dit se préparer à reprendre la mer au plus vite.

Si les navires des ONG “entrent dans les eaux territoriales italiennes, nous les saisirons un par un. On verra bien qui se fatiguera en premier”, a prévenu Matteo Salvini. (Le JD avec agences)

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