Le Bénin se retire du protocole de la Cour africaine des droits de l’homme

Le Bénin a annoncé vendredi 24 avril s’être retiré du protocole de la Cour africaine des droits de l’homme qui permet à un citoyen de saisir son Etat, à la suite d’une décision de la Cour d’ordonner la suspension des élections municipales béninoises.

“Le Bénin s’est retiré du protocole qui permet à un citoyen d’un Etat de saisir directement la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples”, basée à Arusha, en Tanzanie, a déclaré une source au sein de la présidence.

“Le Bénin ne s’est pas retiré de la Cour africaine des droits de l’homme” (Cadhp), a précisé Alain Orounla, porte-parole du gouvernement. Mais il n’adhère plus au mécanisme qui autorise les citoyens à saisir directement la Cour, a-t-il dit.

“Cette nouvelle position du Bénin se justifie par le fait qu’au motif de la protection des droits de l’homme, la Cadhp s’immisce dans des questions de souveraineté des Etats et des questions qui ne relèvent pas de sa compétence”, a expliqué M. Orounla.

“Dérive dictatoriale”

Le 17 avril dernier, la Cadhp, saisie d’une plainte de l’opposant béninois Sébastien Ajavon sur des violations de ses droits et des droits de l’homme dans le pays, avait ordonné la suspension des élections municipales prévues pour le 17 mai prochain.

L’opposition béninoise reproche au gouvernement de ne pas pouvoir présenter de listes aux municipales, à la suite notamment d’un nouveau code électoral.

“C’est la preuve que le pouvoir en place au Bénin continue sa dérive dictatoriale en se retirant du protocole de la Cadhp”, a réagi Marc Bensimhon, avocat de Sébastien Ajavon.

“Le Bénin prend des virages inquiétants quant au non respect des droits de l’homme”, s’est indigné Arsène Kayodé, militant local des droits de l’homme.

En plus de la plainte de M. Ajavon, le Bénin est défendeur dans une dizaine de dossiers devant cette juridiction.

Bien qu’elle abrite la Cour sur son sol, la Tanzanie s’est également retirée de ce protocole, suivie par le Rwanda, alors que le président de ce pays était président en exercice de l’Union Africaine, a rappelé le porte-parole du gouvernement béninois, disant n’encourir “aucune sanction”.

“Aucune sanction n’a frappé les 21 autres Etats qui n’ont pas ratifié la Charte Africaine des droits de l’homme”, a-t-il indiqué.

Le Bénin connaît une importante crise politique depuis les élections législatives d’avril-mai 2019, auxquelles l’opposition n’avait pas pu se présenter.

Le président Patrice Talon est accusé d’avoir engagé le pays, réputé pour sa stabilité et sa liberté démocratique, dans un tournant autoritaire.

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