Mali : IBK reconnaît son impuissance face aux jihadistes

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a reconnu sa lourde défaite militaire face aux jihadistes.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (Photo : Xinhua)

Le Mali a subi deux lourdes défaites militaires ces derniers jours: les sites de Boulkessy et Mondoro, qui faisaient partie des centres les “mieux sécurisés”, selon le président, ont été détruits.

Dans la foulée, dimanche 6 octobre, les jihadistes ont tué un Casque bleu et blessé cinq autres, portant le bilan macabre à 200 soldats de l’ONU.

40 soldats tués

A Boulkessy et Mondoro, quarante soldats ont été tués, selon un bilan gouvernemental largement soupçonné d’être en deçà de la réalité.

Le président malien a assuré que “toutes les conséquences” seraient tirées de ces événements.

En mars, une attaque jihadiste dans laquelle une trentaine de soldats avaient été tués, suivie une semaine après par le massacre de 160 villageois peuls au cours de violences intercommunautaires, avait débouché sur le limogeage des principaux chefs d’état-major. Le gouvernement avait démissionné en avril sous la pression de manifestations contre l’impuissance de l’Etat.

Samedi, le président s’est contenté de demander au gouvernement “d’être vigilant, d’anticiper”.

“Nous sommes en guerre”

Il a espéré que les missions onusienne, africaine et française face aux jihadistes porteraient leurs fruits. Mais il a aussi tenu des propos aux sombres perspectives.

“Nous sommes en guerre. Ça veut dire que ce qui s’est passé à Boulkessy pourrait malheureusement survenir encore”, a-t-il dit. Par ailleurs, Boulkessy “était l’un de nos points les mieux protégés” et avait été renforcé.

Cela n’aurait pas empêché les jihadistes d’y saisir d’importantes quantités d’armes et d’équipements.
Il a du coup annulé un déplacement en Suisse et en France “en raison de la volatilité des choses” et parce qu’il pensait que sa présence était “moralement de mise, même si elle est de peu d’effet”.

Et face aux agissements des jihadistes, pour lesquels infliger “la mort est devenu l’objectif”, “nos moyens deviennent limités”, a-t-il reconnu.

Les solutions sécuritaire et politique à la détérioration de la situation paraissent pour l’heure introuvables.

Le spectre du coup d’Etat

Ces attaques et l’impuissance imputée au pouvoir central à faire face à la dégradation continue de la situation ont réveillé le spectre d’un coup d’Etat semblable à celui de 2012.

Il y a sept ans, l’incapacité attribuée au pouvoir à défendre le pays face aux insurrections émergentes dans le nord avait donné lieu à un putsch conduit par des officiers. Le renversement du gouvernement avait précipité la plongée du Mali dans la crise toujours en cours.

Le nord du Mali était alors tombé sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, à la faveur de la déroute de l’armée face à la rébellion à dominante touareg.

“Aucun putsch militaire ne prévaudra au Mali, qu’on se le dise. Et je crois que cela n’est pas du tout à l’ordre du jour et ne saurait nous inquiéter”, a martelé IBK.

“Notre nation, aujourd’hui, plus que jamais, a besoin de solidarité, a besoin de se resserrer, n’a pas besoin d’élucubrations des nostalgiques du putsch”, a-t-il encore dit.

Sébastien Drans

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