L’OMS critique la politique zéro Covid de la Chine

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a critiqué la politique zéro Covid prônée par les dirigeants chinois, notamment pour ses atteintes aux droits humains.

Le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus et le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, en février à Pékin (Photo : Xinhua)

Le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a estimé mardi, dans des propos inhabituellement critiques envers la Chine, que la politique zéro Covid n’était “pas soutenable”, affirmant en avoir discuté avec des experts chinois.

Face à la hausse du nombre de morts depuis février-mars, il est logique que le gouvernement réagisse, a noté le directeur des situations d’urgence à l’OMS, Michael Ryan. “Mais toutes ces actions, comme nous le répétons depuis le début, doivent être prises dans le respect des individus et des droits de l’homme”, a-t-il insisté lors d’un point de presse à Genève.

Si les restrictions liées au Covid-19 sont levées un peu partout dans le monde, le pays asiatique, aux prises avec une flambée épidémique, continue d’imposer confinements et quarantaines dès l’apparition de quelques cas.

Exaspération à Shanghai

Couplée à la quasi-fermeture des frontières et à une connectivité aérienne internationale réduite, cette politique suscite une exaspération croissante en Chine. Notamment à Shanghai (est), dont les 25 millions d’habitants, confinés depuis début avril, se plaignent de problèmes d’approvisionnement et craignent d’être envoyés dans des centres de quarantaine au confort aléatoire. Des habitants confinés protestent désormais en frappant leurs casseroles aux fenêtres.

“Quand nous parlons de stratégie zéro Covid, nous ne pensons pas que c’est soutenable, considérant le comportement du virus à l’heure actuelle et celui que nous prévoyons dans le futur”, a poursuivi le Dr Tedros. “Passer à une stratégie différente est très important”.

Largement épargné depuis deux ans, le géant asiatique affronte sa pire flambée épidémique depuis le printemps 2020 et continue à appliquer la même politique alors que le virus a muté et est devenu beaucoup plus contagieux que la souche originelle détectée en Chine à la fin 2019.

Selon les autorités chinoises – y compris le président Xi Jinping qui a mis tout son poids dans la balance pour la poursuite de cette stratégie – la politique zéro Covid a permis aux Chinois de vivre quasi-normalement depuis 2020 et de limiter le nombre de morts à moins de 5.000 d’après le bilan officiel.

Mais le variant Omicron a changé la donne.

Le Dr Ryan a appelé à appliquer des “politiques dynamiques, adaptables et souples”, car le manque d’adaptabilité a montré durant cette pandémie qu’il pouvait provoquer “beaucoup de dégâts”. “Il faut avoir cette capacité de s’adapter aux circonstances, à ce que l’on voit dans les données”, a-t-il plaidé.

Maria Van Kerkhove, en charge de superviser la lutte contre le Covid au sein de l’OMS, a répété qu’il était aujourd’hui impossible de stopper toute transmission du virus.

“Notre objectif au niveau mondial n’est pas de repérer tous les cas et d’arrêter toute transmission. Ce n’est vraiment pas possible à l’heure actuelle”, a-t-elle reconnu.

Interrogé sur les propos du patron de l’OMS, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a assuré mercredi devant la presse que les mesures de la Chine étaient “scientifiques et efficaces”.

“Nous espérons que la personnalité en question ait un regard objectif et rationnel sur la politique chinoise de prévention et de contrôle de l’épidémie, ait une meilleure connaissance de la réalité et s’abstienne de tenir des propos irresponsables”.

L’abandon du zéro Covid pourrait entraîner 1,6 million de morts dans le pays, selon une étude de chercheurs de l’université Fudan à Shanghai, publiée mardi dans la revue Nature.

“Si nous ne sommes pas fermes sur la politique dynamique zéro Covid, la Chine risque de rater le meilleur moment pour endiguer la résurgence des cas, ce qui pourrait entraîner des coûts plus élevés et des conséquences insupportables”, a récemment déclaré le principal épidémiologiste chinois, Liang Wannian.

Censure

La Chine a censuré les propos du patron de l’OMS.

Sur le site de microblog Weibo, les mots-dièse #Tedros et #OMS ne donnaient mercredi plus aucun résultat.

Quant aux utilisateurs de l’ultrapopulaire réseau social WeChat, ils ne pouvaient pas republier ou transférer un article du compte officiel de l’ONU.

Discuter en ligne du sujet avec un de ses contacts ou envoyer sur son mur WeChat des captures d’écran d’articles ou de tweets mentionnant ces propos reste toutefois possible.

“Je demande humblement: notre gouvernement va-t-il écouter les recommandations du directeur général de l’OMS?”, s’interroge un utilisateur de Weibo.

De son côté, la presse chinoise est restée muette.

L’ex-rédacteur en chef du tabloïd nationaliste Global Times, Hu Xijin, très influent sur Internet, juge toutefois les critiques de l’OMS “sans importance”.

“S’ils disent que la méthode chinoise n’est pas soutenable, ils devraient en avancer une qui soit plus efficace et soutenable. Mais ils n’en donnent aucune!”, écrit-il à ses 24 millions d’abonnés sur Weibo. “L’OMS n’assumera aucune responsabilité si la Chine assouplit (sa politique sanitaire) et si beaucoup de gens meurent”.

(Le JD avec agences)

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