Mali : La Cédéao donne 12 mois à la junte

Les voisins du Mali ont donné douze mois à la junte qui y a pris le pouvoir pour tenir des élections et ramener les civils à la tête du pays, faisant de cette question une condition à la levée des sanctions.

Visio-conférence des présidents de la Cédéao sur le Mali (Capture d’écran/Cédéao)

Les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats ouest-africains (Cédéao), réunis en sommet extraordinaire virtuel vendredi 28 août, ont maintenu la pression sur la junte alors que la transition vers un retour des civils à la tête du pays tarde à se matérialiser.

Les dirigeants d’Afrique de l’Ouest ont demandé aux militaires d’instaurer “immédiatement” une régime de transition et d’organiser des élections législatives et présidentielle “dans un délai de 12 mois”, a déclaré le président en exercice de la Cédéao, Mahamadou Issoufou.

Cette transition devra être dirigée par une personnalité civile reconnue, et non pas un militaire, et “aucune structure militaire ne devrait être au-dessus” d’elle, a précisé le chef d’Etat nigérien dans son discours de clôture.

La junte propose deux ans de transition

Pour l’heure, les colonels ont promis des élections dans un délai “raisonnable”. Ils ont manifesté leur volonté de compromis, et la Cédéao leur a donné acte vendredi de la libération du président Ibrahim Boubacar Keïta, qu’elle réclamait. Elle a aussi pris acte de la démission de M. Keïta, renonçant à son exigence initiale de le voir rétabli dans ses fonctions.

La junte, qui tablait d’abord sur une transition de trois années, propose à présent de la ramener à deux ans, et s’est dite prête à en confier la direction à un civil.

Mais, au même moment, a été publié au Journal officiel malien un acte présenté comme ayant valeur constitutionnelle et investissant le numéro 1 de la junte des fonctions de chef de l’Etat pour une durée indéterminée, en attendant la mise en place de la transition.

Aussi, a tancé M. Issoufou, la junte “refuse de regagner les casernes alors que le pays est en guerre” avec les jihadistes qui cherchent “à exploiter le vide institutionnel”. Son homologue nigérian Muhammadu Buhari a invoqué l’état de “fragilité” du Mali et le “danger imminent” couru par le pays et la sous-région.

“Le putschisme est une grave maladie”

Pour la Cédéao, il s’agit aussi de ne pas encourager les coups de force. “Le putschisme est une grave maladie. Pour en guérir, une seule ordonnance: les sanctions”, a martelé M. Issoufou.

Ces sanctions prises lors d’un précédent sommet, le 20 août, “seront levées progressivement en fonction de la mise en oeuvre (de ces) décisions”, a-t-il dit, alors que la junte plaidait pour la levée des sanctions, à commencer par l’embargo sur les échanges.

Le 20 août, deux jours après le putsch, la Cédéao avait ordonné la fermeture des frontières de ses Etats membres avec le Mali et stoppé tous les flux financiers et commerciaux, sauf pour les denrées de première nécessité, les produits pétroliers ou les moyens de lutte contre le Covid-19.

L’opposition met en garde les militaires

La junte a enregistré une sévère mise en garde de la part d’une figure centrale de la contestation civile contre l’ancien président, l’imam Mahmoud Dicko, qui l’a pressée de tenir la promesse du changement et refusé de lui donner “carte blanche”.

“Nous avons mené le combat, des gens sont morts, les militaires qui sont venus parachever (ce combat) doivent tenir parole”, a-t-il dit, reprochant aux nouveaux maîtres de Bamako de s’enfermer dans leur quartier général et de se couper des forces vives.

“Ils ne doivent pas être des problèmes, il faut qu’ils soient des solutions”, a conclu l’imam.
Dans ce délicat exercice diplomatique, le Mouvement du 5-Juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), qui a mobilisé pendant des mois contre le président malien aux côtés de l’imam Dicko, a proposé un compromis.

Samedi soir, le mouvement, qui réclame sa place dans la transition, a suggéré aux militaires que cette dernière s’étende sur 18 à 24 mois.

Le M5 propose “une transition de 18 à 24 mois” avec des civils à la tête d’une présidence, d’un gouvernement et d’une Assemblée de transition, a révélé un de ses dirigeants, Choguel Maïga.

Le M5 se prononce par ailleurs en faveur d’“un comité de suivi et de surveillance de la transition qui sera majoritairement composé de membres de la junte et du M5”. (Le JD avec agences)

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