Migrants : La justice italienne donne raison à Sea-Watch

Une juge italienne a invalidé mardi 2 juillet l’arrestation de Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch 3 interpellée le samedi précédent pour avoir accosté de force à Lampedusa et y avoir fait débarquer 40 migrants, au grand dam du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini.

L’Allemande de 31 ans est libre de ses mouvements, sous le coup d’aucune mesure judiciaire. Toutefois, elle “se trouve dans un endroit secret en raison du grand nombre de menaces reçues”, a indiqué le porte-parole de l’organisation allemande Sea-Watch, Ruben Neugebauer.

Carola Rackete

Pour des raisons de sécurité, il n’a pas souhaité dire si elle avait quitté l’Italie et se trouvait dans son Allemagne natale, pays vers lequel le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini veut l’expulser.

“Soulagés”

“Cette pauvre femme a seulement essayé de tuer cinq militaires italiens. Je suis sans voix! Qu’est-ce qu’il faut faire pour aller en prison en Italie?” s’est insurgé M. Salvini, patron de l’extrême droite italienne, promettant d’expulser au plus vite ce “danger pour la sécurité nationale”.

Sa décision d’expulsion devra cependant obtenir au préalable le feu vert de la justice.

“Nous sommes soulagés que notre capitaine soit libre!” a réagi de son côté l’ONG Sea-Watch sur les réseaux sociaux. “Il n’y avait aucune raison de l’arrêter, car elle était engagée dans la défense des droits de l’homme en Méditerranée et prenait ses responsabilités là où aucun gouvernement européen ne le faisait”.

Elle avait été arrêtée pour “résistance avec violence envers un navire de guerre” – pour avoir obligé une vedette de police à s’éloigner sous peine d’être écrasée contre le quai – et d’“obstruction à la force publique” – pour avoir pénétré de force dans les eaux italiennes.

Selon les médias italiens, la juge qui a entendu la jeune capitaine pendant trois heures lundi 1er juillet a invalidé le premier chef en estimant que la vedette de police ne pouvait être considérée comme un “navire de guerre” et la seconde en faisant valoir qu’elle avait agi pour sauver des vies.

De plus, selon la décision citée par les médias, la juge a estimé que l’interdiction de pénétrer dans les eaux territoriales italiennes, imposée par M. Salvini sur la base d’un décret-loi adopté début juin, n’était “pas applicable aux actions de sauvetage”.

Et elle a fait valoir que Carola Rackete était “obligée” de débarquer les migrants à Lampedusa dans la mesure où les droits des migrants n’étaient pas garantis dans les autres ports proches, en Tunisie et surtout en Libye.

Comme c’est souvent le cas désormais quand un navire d’ONG débarque des migrants en Italie, Carola Rackete fait aussi l’objet d’une enquête pour aide à l’immigration clandestine, traitée à part.

Dans ce dossier, elle est convoquée par le parquet le 9 juillet.

“Des criminels”

Dès mardi matin, Sea-Watch s’est dite déterminée à poursuivre ses opérations de sauvetage en Méditerranée “si nécessaire avec un nouveau navire si notre navire (le Sea-Watch 3) reste sous séquestre”.

L’ONG allemande en a les moyens: deux collectes de dons lancées sur Internet ont permis de récolter près de 1,4 million d’euros en quelques jours.

“Nous allons continuer de faire respecter les droits de l’homme en Méditerranée et surveiller de près l’Union européenne”, a assuré Ruben Neugebauer.

Mais M. Salvini ne s’avoue pas vaincu: “On va continuer à les stopper, un par un. On trouvera un juge, il y en aura bien un en Italie, qui aura finalement le courage de dire (…): ces gens ne sont pas des sauveteurs, ce sont des complices, des assassins potentiels, des criminels, et dans un pays normal les criminels vont en prison”, a-t-il tonné.

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