Migrants : Les passeurs privilégient désormais les départs de Tunisie

Les passeurs de migrants candidats à l’émigration en Europe ont changé de stratégie, affirme un procureur italien: au lieu de partir de Libye à bord d’embarcations vétustes, le trafic s’organise de plus en plus depuis la Tunisie, en utilisant des bateaux plus sûrs et plus discrets.

“Nous pensons qu’il y a de nouveaux itinéraires, non plus à partir de la Libye, mais de la Tunisie, où la traversée de la mer est plus facile et peut être accomplie à bord de petites embarcations, avec un minimum de risques”, a déclaré samedi 21 septembre le procureur d’Agrigente, Salvatore Vella, dans une interview au quotidien La Stampa.

Le procureur a qualifié de “voyages en classe affaires” ces traversées d’une durée relativement courte de 14 à 16 heures, car elles sont effectuées à bord de bateaux rapides.

Traversées “autonomes”

La traversée à partir de la Libye est notoirement dangereuse, avec un taux de mortalité estimé à une personne sur dix, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Par ailleurs, les garde-côtes libyens interceptent un nombre croissant de bateaux de migrants.

Sur les 6.623 personnes arrivées en Italie depuis début 2019, environ 5.500 y sont parvenues d’une façon “autonome”, c’est-à-dire en réussissant à atteindre la côte sans être repérées par les autorités ou les ONG, et sans avoir besoin d’une assistance, selon le quotidien La Repubblica.

“Nous commençons à voir des Tunisiens mais aussi des Subsahariens à bord d’embarcations qui arrivent d’une manière autonome”, a déclaré le procureur.

Le nombre d’arrivées en Italie en septembre a été plus élevé que celui enregistré durant la même période en 2018, d’après les données du ministère de l’Intérieur. Or, relativement peu de personnes sont parties des côtes libyennes, a noté Matteo Villa de l’Institut d’études politiques internationales (IPSI).

“Groupes puissants de trafiquants”

“Des colonnes de véhicules et de camionnettes passent la nuit entre la Libye et la Tunisie au moment où les garde-frontières détournent le regard”, a rapporté la journaliste de La Repubblica Alessandra Ziniti, spécialisée dans les migrations.

“Actuellement il n’y a plus seulement des groupes de Tunisiens qui s’organisent eux-mêmes et utilisent de petits bateaux, mais aussi des groupes puissants de trafiquants libyens et d’Afrique centrale”, assure-t-elle. (Le JD avec AFP)

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