MSF redoute une pénurie de médicaments au Liban

Avec près de 300.000 sinistrés à Beyrouth et une possible pénurie de médicaments, Médecins sans frontières craint une crise humanitaire au Liban comparable à celles connues pendant la guerre civile (1975-1990), indique jeudi 6 août son président, le Franco-libanais Mego Terzian. Entretien

Mego Terzian (Photo : MSF)

Les hôpitaux de Beyrouth peuvent-ils tenir le choc ?
D’après nos équipes sur place, il y a eu mardi soir un afflux
massif sur les hôpitaux de Beyrouth et de la région et, très vite, les salles
d’urgence ont été débordées. Des patients ont dû être transférés en dehors de la ville. La situation semble être beaucoup plus stable depuis mercredi. Les personnels de santé libanais, surtout ceux qui ont déjà l’expérience de la
guerre civile, ont réussi à faire le triage très rapidement devant les salles
d’urgence et à prioriser les patients qui devaient passer par les blocs
opératoires. Le quartier Achrafieh au centre-ville est très affecté et trois
de ses hôpitaux, dont celui de Saint-George, qui compte 1.100 lits, ont été
touchés. Le centre de dialyse, qui est le principal du pays, a été complètement
détruit.

Quels sont les besoins prioritaires ?
Les pays voisins, le Qatar, le Koweït ou la Jordanie, vont déployer des
hôpitaux de campagne. Et nous allons, à la demande des autorités, garantir
l’approvisionnement de certains médicaments, notamment les antibiotiques et
les antidouleurs, et tout particulièrement des poches de sang. Depuis mercredi
matin, nous sommes présents dans les réunions de crise de l’Organisation
mondiale de la santé avec les autres organisations humanitaires. Nous avons
partagé les tâches pour aider les populations sinistrées, ces 300.000
personnes qui n’ont plus de foyer. Notre priorité dans les jours à venir sera
le suivi de ces populations déplacées. L’autre priorité, seront les malades
chroniques, ceux atteints de cancers, du VIH ou de maladies respiratoires
comme l’asthme, avec le risque de rupture de l’approvisionnement en
médicaments. Nous avons par ailleurs aussi appris que des entrepôts de
médicaments et de vaccins situés dans le port de Beyrouth avaient été
endommagés.

De mémoire d’humanitaire et de Libanais, Beyrouth a-t-elle déjà été
frappée par une crise sanitaire de cette ampleur ?
Nous avons déjà vécu pendant la guerre libanaise des périodes
difficiles et similaires avec, je me souviens, des bombardements sur des
entrepôts de pétrole qui se trouvent pas loin du port. C’étaient les mêmes
scènes, la ville était complètement sinistrée, les gens circulaient dans les
rues, blessés, désespérés, sans savoir où aller. Certains personnels de MSF,
qui ont été mobilisés à cette période, sont aussi très affectés et touchés par
la gravité des témoignages, qui nous replongent dans cette période très dure.

Propos recueillis par Daphné Rousseau (AFP)

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