Nigeria : L’armée accuse ACF d’“aider les terroristes” et ferme ses bureaux

L’armée nigériane a fermé les locaux de l’ONG française Action contre la faim (ACF) dans le nord-est du Nigeria, foyer de l’insurrection de Boko Haram, l’accusant d’“aider les terroristes”.

Des agents d’ACF au Nigeria (Photo : ACF)

Les soldats sont arrivés mercredi 18 septembre au soir dans la grande ville de Maiduguri à bord de deux camions militaires et “ont demandé à tout le monde d’évacuer les bureaux”, a expliqué un employé de l’ONG sous couvert de l’anonymat. “Ils montent la garde devant le bâtiment depuis lors”.

Le bureau d’ACF à Damaturu, dans l’Etat voisin de Yobe, a lui aussi été contraint de fermer.

“Activités subversives”

“Les activités subversives de l’ONG Action contre la faim ont persisté malgré plusieurs avertissements pour qu’elle cesse d’aider et d’encourager les terroristes et leurs atrocités”, a affirmé dans un communiqué le colonel Isa Ado.

Le porte-parole de l’opération Lafiya Dole, en charge la lutte contre les groupes jihadistes dans le nord-est, a dénoncé “les pratiques malsaines” de certaines ONG sur les théâtres d’opération.
ACF est “déclarée persona non grata pour avoir aidé les terroristes de Boko Haram/Iswap (Etat islamique en Afrique de l’Ouest) en leur fournissant nourriture et médicaments”, a-t-il poursuivi.

“Nous sommes très surpris”, a réagi le directeur pays d’ACF, Shashwat Saraf.
“Ils ont demandé au personnel de partir et personne n’a eu le droit d’emporter quoi que ce soit avec lui”, a fait savoir un employé du bureau de Damaturu.

“Nous ne comprenons pas ce qui se passe. Même ceux qui vivent sur place ont dû partir”, a dit l’un de ses collègues, soulignant qu’ils avaient même dû laisser les véhicules de l’ONG sur place.

“Aucune explication”

ACF a fait savoir dans un communiqué que l’ONG ne “ferait aucun commentaire pour le moment” sur cette “décision soudaine et prise sans aucune explication”.
Elle “compromet l’aide apportée par Action contre la faim aux plus vulnérables de l’Etat du Borno et force à suspendre immédiatement ses programmes touchant plusieurs millions de personnes”, regrette toutefois ACF.

Six employés d’ACF, dont des contractuels, sont toujours détenus aux mains du groupe ISWAP, la branche de Boko Haram affiliée au groupe Etat islamique, après leur enlèvement le 17 juillet.

Une source humanitaire basée dans la région a confié que ces fermetures soudaines pouvaient être liées avec les négociations menées pour faire libérer les otages.

Les relations entre l’armée nigériane et les humanitaires dans le nord-est du Nigeria ont toujours été très tendues.
En août 2017, des soldats avaient mené une fouille jugée “illégale” dans un camp des Nations unies de Maiduguri. (AFP)

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