Nigeria : Les restrictions sécuritaires pénalisent le travail des humanitaires

Les restrictions imposées aux humanitaires par les autorités nigérianes, notamment par l’armée, pénalisent les efforts déployés pour venir en aide à des millions de personnes dans le nord-est du Nigeria, dévasté par dix ans d’insurrection des jihadistes de Boko Haram, a dénoncé mercredi 4 mars Human Rights Watch (HRW).

Distribution de vivres au camp de Rann, dans l’Etat de Borno, au Nigeria (Photo : OIM)

Dès 2019, les autorités militaires et officielles ont durci les règles, déjà très strictes, pour encadrer les ONG opérant dans la région, et il est de plus en plus difficile pour le personnel de se déplacer dans la zone et d’acheminer l’aide humanitaire.

“Des restrictions de déplacement aggravent les souffrances des personnes vulnérables qui dépendent de l’aide pour leur survie”, a déclaré Anietie Ewang, chercheuse nigériane à HRW, dans un rapport, affirmant que les ONG étaient “incapables de répondre efficacement aux besoins”.

L’ONG de surveillance des droits de l’homme critique les “longs processus” nécessaires pour obtenir des autorisations de transport du personnel d’une ville à l’autre, l’obligation d’être encadré par des escortes militaires, mais aussi les quotas d’approvisionnement en carburant.

1,2 million de personnes “hors de portée des humanitaires”

Selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), un total de 7,9 millions de personnes dans le nord-est du Nigeria auront besoin d’aide humanitaire en 2020.

“C’est plus d’une personne sur deux dans les Etats de Borno, Yobe et Adamawa”, a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

“Dans les trois Etats, quelque 1,2 million de personnes sont hors de portée des travailleurs humanitaires”, a-t-il ajouté. “Toutes les parties doivent permettre et faciliter un accès sûr et sans entrave à l’aide humanitaire pour les personnes dans le besoin”.

“Contrôles incessants”

“Les travailleurs humanitaires se plaignent de contrôles incessants des forces armées nigérianes sur leurs activités qui les empêchent d’atteindre des millions de personnes extrêmement vulnérables”, a rapporté Anietie Ewang, qui souligne que les escortes militaires sont contraires aux principes de neutralité des ONG dans les zones de conflits.

Les ONG sont également victimes de l’insécurité, et sont régulièrement la cible du Groupe de l’Etat Islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), qui a tué 12 humanitaires nigérians en 2019.

Les relations entre l’armée nigériane et les organisations internationales ont toujours été compliquées, les autorités y voyant une ingérence dans les affaires de l’Etat.

Elles leur reprochent régulièrement de saper les efforts de guerre, en approvisionnant directement ou indirectement les groupes insurrectionnels.

L’année dernière, l’armée a fermé les bureaux régionaux d’Action contre la faim et de Mercy Corps pendant deux mois en raison d’allégations de collaboration avec des insurgés.

Le conflit entre les forces armées nigérianes et Boko Haram a fait quelque 35.000 morts depuis 2009 et près de deux millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leurs foyers, selon l’ONU, qui estime que 7 millions de personnes dépendent de l’aide extérieure dans la région. (Agences)

TAGS