Plus de 2 milliards d’euros promis au G5 Sahel

Les partenaires du G5 Sahel ont porté à 2,4 milliards d’euros leur aide pour la mise en oeuvre d’une quarantaine de projets de développement destinés à endiguer les violences jihadistes dans cette vaste zone au sud du Sahara.

L’objectif de la conférence des donateurs, qui s’est tenue à Nouakchott jeudi 6 décembre, était de réunir 1,9 milliard d’euros.

“Les partenaires du G5 Sahel ont fait des annonces de financement pour un montant total de 2,4 milliards d’euros, correspondant à 127% de l’objectif de mobilisation initial”, précise l’organisation régionale dans un communiqué.

“Ces engagements de nos partenaires couvrent largement les besoins globaux du programme d’investissements prioritaires”, s’est réjoui le Nigérien Mahamadou Issoufou, président en exercice du G5 Sahel, qui réunit la Mauritanie, le Mali, le Tchad, Burkina Faso et le Niger.

Avant cette conférence, le G5 avait estimé à 1,9 milliard d’euros les fonds nécessaires pour financer son Programme d’Investissements prioritaires (PIP) pour la période 2019-2021, qui vise en particulier les régions frontalières où les jihadistes tirent parti des carences des Etats pour s’implanter.

Hydraulique, gestion des conflits intercommunautaires et sécurité intérieure

Le G5 Sahel a défini un “programme de développement d’urgence” axé sur trois priorités: l’hydraulique, la gestion des conflits intercommunautaires et la sécurité intérieure.
L’accent est mis sur le nord du Burkina Faso, le centre du Mali, la région des Hodh en Mauritanie ainsi que celles de Tillabéri au Niger et Kanem au Tchad.
En construisant des écoles, des centres de soins ou en offrant un accès à l’eau, les gouvernements espèrent ainsi fidéliser des populations déshéritées susceptibles sinon de céder aux sirènes jihadistes.

L’Union européenne et la France mettront le plus la main au portefeuille. L’UE a ajouté 122 millions d’euros “d’argent frais”, portant sa participation à 800 millions d’euros, selon le commissaire à la Coopération internationale et au Développement, Neven Mimica.

L’enveloppe européenne vise à “renforcer les conditions de vie des populations dans les espaces transfrontaliers, grâce à l’amélioration de la qualité des services de base et au renforcement de la résilience” (pour 70 millions d’euros), et à “renforcer les capacités des institutions des pays du G5 Sahel en matière de justice, de sécurité et de défense des droits de l’homme, ainsi qu’à lutter contre le trafic d’êtres humains et à améliorer la représentation de la jeunesse dans le débat public” (pour 55 millions d’euros), a détaillé Bruxelles dans un communiqué.

Paris, qui avait déjà engagé 280 millions d’euros, a également promis une rallonge de 220 millions. De cette manière, “la France (…) investira 500 millions au profit des priorités” du G5 Sahel, a souligné le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian.

L’Arabie saoudite a aussi annoncé une aide de 100 millions de dollars pour le PIP et de 50 millions de dollars pour la force conjointe antijihadiste du G5 Sahel.

Les cinq pays membres de l’organisation avaient déjà annoncé qu’ils prendraient 13% des besoins à leur propre charge.

“La sécurité avait pris le dessus sur le développement au sein du G5 Sahel”, relevait récemment une source diplomatique française, en référence à la force conjointe, réactivée en 2017.

“Notre souhait, c’est d’asseoir vigoureusement le second pilier stratégique et décisif de notre action commune: le développement économique et social du G5 Sahel”, a souligné M. Issoufou.

“Déresponsabilisation »

Dans un rapport, Action contre la faim, Oxfam et Save The Children ont toutefois alerté sur les risques du “lien entre sécurité et développement”.
Selon ces trois ONG, “il est inquiétant de voir que la réponse se focalise sur le développement économique, sans prendre autant en compte les griefs légitimes de la population autour des problèmes de gouvernance, d’inégalités, de distribution des richesses et de justice de genre”.

De plus, le poids croissant des dépenses militaires des pays concernés pourrait les amener à considérer “que c’est aux partenaires techniques et financiers d’assumer les dépenses sociales et de développement”, une “déresponsabilisation” qui risquerait “d’aggraver la crise de confiance existante entre les citoyens de zones marginalisées économiquement et les Etats du Sahel”, met en garde le rapport. (Le JD)