RDC : Au moins 400.000 habitants de Goma fuient l’éruption du volcan Nyiragongo

Depuis jeudi, au moins 400.000 personnes ont évacué Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où une nouvelle éruption du volcan Nyiragongo est toujours à craindre sur fond de crise humanitaire.

Le volcan Nyiragongo en éruption (Photo : Monusco)

“80.000 ménages, soit environ 400.000 habitants, ont évacué la ville de Goma jeudi”, ont annoncé les autorités de la province du Nord-Kivu, dont Goma est la capitale.
Goma compte plus de 600.000 habitants, pour une agglomération de deux millions de personnes.

Mais selon l’ONU, le nombre de personnes à fuir pourrait atteindre plusieurs millions. “Des millions de personnes sont parties ou sont en partance”, a indiqué le porte-parole du secrétaire général à New York, Stéphane Dujarric.

L’évacuation imposée jeudi, qui s’est faite la peur au ventre et dans le plus grand désordre, ne concernait en théorie que 10 des 18 quartiers de Goma, mais ce sont en fait la grande majorité des habitants qui ont fui sans aucune assistance, sur trois principaux axes – vers la localité de Sake à l’ouest, vers le Rwanda tout proche à l’est, vers le nord-est – ainsi que par bateau sur le lac Kivu.

“Des brebis sans bergers”

Toute la journée, dans la poussière, les cris et la précipitation, ces déplacés, en véhicule ou à pied, ont pris la fuite au milieu d’embouteillages s’étirant sur des kilomètres sur la route de Sake.

“Epuisés, traumatisés, assoiffés, ils sont arrivés à Sake à la recherche d’un abri sans savoir de quoi demain sera fait”, a témoigné Médecins sans frontières (MSF).

“Nous étions comme des brebis sans bergers”, a raconté sur un média congolais l’un de ces infortunés. “Beaucoup parmi nous avons passé la nuit affamés. Il faut que les autorités se souviennent que nous sommes aussi des Congolais, nous avons droit à l’eau et la nourriture”.

“Nous avons un problème d’eau ici, les enfants ne s’y habituent plus et commencent à faire la diarrhée. Nous n’avons rien à manger ici, nous n’avons pas où dormir”, a déploré un autre déplacé. “Nous demandons aux autorités de nous donner à manger, des matelas et quelques médicaments”.

L’ONU a débloqué 1,2 million de dollars de son Fonds central de réponse d’urgence (CERF) afin “notamment de fournir de l’eau potable et de renforcer le suivi épidémiologique de la zone affectée”, a indiqué Mark Lowcock, coordonnateur des secours d’urgence.

Près de 10.000 personnes se sont rendues à Bukavu, capitale du Sud-Kivu voisin sur la rive sud du lac, selon le gouverneur Theo Ngwabidje. Beaucoup ont trouvé refuge dans des familles d’accueil.

Selon l’ONU, plusieurs centaines d’enfants ont été séparés de leurs famille. Environ 250 sont hébergés par des familles, en attendant de retrouver leurs parents. Parmi ces enfants, quatre ont moins d’un an et le plus jeune n’a que trois mois, de même source. D’autres ont été pris en charge par la Croix-Rouge au Rwanda.

Dans ce pays voisin, au moins 3.000 personnes étaient présentes vendredi dans le camp de Rugerero, sur la commune de Gisenyi, à une dizaine de kilomètres de la frontière. 2.000 autres ont été acheminées vers un autre camp, mieux équipé, à Busasamana, à 35 kilomètres de la frontière.

“On n’a pas le temps de planifier. On planifie et on exécute en même temps, parce qu’on est pris de court par les événements”, a déclaré Boubacar Bamba, représentant adjoint du HCR au Rwanda, chargé des opérations.
“Nous nous préparons à toutes les éventualités, même si nos ressources ne sont pas suffisantes”, a-t-il ajouté.

Vendredi soir le président rwandais Paul Kagame, “très préoccupé” par la situation, a appelé à un “soutien mondial et urgent” face à la “crise humanitaire”.

“Leur retour ne pourra être envisagé que lorsque la menace sera totalement écartée”, a averti le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya.

400 séismes en une semaine

Une première éruption sans aucun signe avant-coureur a eu lieu samedi 22 mai, provoquant déjà la fuite des habitants, rentrés pour beaucoup le lendemain. Deux immenses coulées de lave s’étaient échappées des flancs du volcan, dont l’une est venue s’immobiliser dans les faubourgs nord-est de Goma. Au moins 32 personnes ont trouvé la mort. Près de 400 séismes ont été ressentis en une semaine.

La mesure d’évacuation “reste toujours en vigueur”, alors “qu’on ne peut toujours pas actuellement exclure une éruption à terre ou sous le lac”, qui “pourrait advenir avec très peu, voire aucun signe précurseur”, a prévenu le gouvernorat.

“La sismicité et la déformation du sol continuent à indiquer la présence du magma sous la zone de Goma, avec une extension sous le lac Kivu”. Le “point de sortie des laves n’est pas prévisible pour le moment”, la population doit “rester vigilante et à l’écoute des informations transmises”, alors que la situation “peut évoluer rapidement”.

Le gouvernement a listé jeudi quatre types de risques: les tremblements de terre, la toxicité de l’air et de l’eau du fait des cendres dispersées dans l’atmosphère, une “éruption secondaire” avec possiblement des laves surgissant directement du sol dans la ville. Et enfin le “scénario catastrophe” de la remontée d’une “poche de gaz” des profondeurs du lac Kivu.

Ce risque “d’éruption limnique” est clairement identifié depuis longtemps pour le lac Kivu, dont les profondeurs contiennent beaucoup de méthane.

L’écoulement du magma y provoquerait une émanation vers la surface de gaz toxique, méthane et dioxyde de carbone.

La région de Goma est une zone d’intense activité volcanique, avec six volcans, dont le Nyiragongo et le Nyamuragira qui culminent respectivement à 3.470 et 3.058 mètres.

La précédente éruption majeure du Nyiragongo, le 17 janvier 2002, avait fait une centaine de morts. La plus meurtrière avait fait plus de 600 morts en 1977.

(D’après agences)

 

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