RDC : Accusations d’abus sexuels au sein de trois agences de l’ONU

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’Unicef ont annoncé l’ouverture d’enquêtes sur des accusations d’abus sexuels liés à la lutte contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.

Un agent de santé dans un centre Ebola en RDC (Photo : OMS/Archives)

Les trois agences onusiennes ne précisent pas la nature des accusations, mais ces annonces surviennent peu après la publication d’une enquête de presse dans laquelle plus de 50 femmes accusent des employés de l’ONU et d’ONG impliquées dans la lutte contre Ebola d’exploitation sexuelle – on leur proposait notamment des rapports sexuels en échange de la promesse d’un emploi. Ces faits se seraient produits entre 2018 et 2020.

Selon l’enquête, les similitudes dans les récits faits par plusieurs femmes laissent à penser que la pratique était très répandue.

“Sérieuses conséquences”

L’Unicef a indiqué mercredi 30 septembre qu’il avait dépêché du personnel supplémentaire pour aider à l’enquête sur le terrain et promis de travailler de concert avec les autres agences de l’ONU impliquées ainsi que les ONG sur le terrain.

“Nous avons zéro tolérance pour l’exploitation et les abus sexuels et nous prenons toutes accusations très au sérieux et il y a aura de sérieuses conséquences pour tout membre du personnel qui aurait abusé sexuellement des gens”, promet l’Unicef, qui appelle les victimes à se faire connaître.
L’Unicef ne donne pas de précision sur le nombre d’employés accusés d’avoir perpétré ces abus.

L’OIM a indiqué qu’elle allait immédiatement mener une enquête sur l’un de ses employés contre lequel ont été portées « de sérieuses accusations ».

« Ces abus par des employés de l’ONU et d’autres travailleurs humanitaires sont une atteinte insupportable à la confiance dans ceux qui ont pour mandat d’apporter du réconfort, souvent dans des conditions humanitaires très difficiles », a souligné l’OIM.

“Les actions qui auraient été perpétrées par des individus s’identifiant comme travaillant pour l’OMS ne sont pas acceptables et feront l’objet d’enquêtes sérieuses”, a assuré de son côté l’agence de santé des Nations unies. “Toute personne impliquée devra faire face aux conséquences de ses actes, jusqu’au renvoi pur et simple”.

Plusieurs ONG comme Alima et World Vision ont elles aussi annoncé des enquêtes.

L’ONU affirme avoir tiré des leçons de précédents scandales d’abus sexuels, notamment dans ses missions de maintien de la paix.

“Nous avons une base de données vers laquelle les agences des Nations unies peuvent faire remonter en temps réel toute suspicion d’abus”, a déclaré vendredi à Genève une porte-parole onusienne, Alessandra Vellucci.

Système d’alerte défaillant

Ce système d’alerte “ne semble pas avoir fonctionné” en RDC, a reconnu à Genève un porte-parole du Bureau de la coordination humanitaire des Nations unies (OCHA), Jens Laerke.

“Le monde humanitaire doit encore prendre le problème à bras le corps. Les donateurs, OCHA et les principales agences des Nations unies ainsi que les ONG devraient s’asseoir ensemble”, suggère un cadre de l’ONU.

L’OMS a joué un rôle-moteur dans la riposte à l’épidémie d’Ebola, qui a tué plus de 2.200 personnes principalement dans la province du Nord-Kivu entre 2018 et 2020.

Guère habitués à ce rôle opérationnel dans des opérations d’urgence, les responsables de l’OMS n’étaient peut-être pas assez préparés à la prévention des abus sexuels commis par des membres de leur personnel, avancent des experts.

Les enquêteurs des Nations unies manquent en outre souvent d’expérience en matière d’enquête sur des abus sexuels présumés.
“C’est l’un des domaines qui se prête le plus difficilement aux enquêtes. C’est difficile de trouver des gens qui ont de l’expérience”, constate Caroline Hunt-Matthes, une experte indépendante citée par l’agence de presse TNH.

“Horrifié mais pas surpris”: telle est la réaction d’un témoin de premier plan après ces révélations.
“Tous les ingrédients étaient réunis”, ajoute-t-il sous couvert de l’anonymat, avouant avoir eu des doutes “dès le premier jour”.

Parmi ces “ingrédients”, l’afflux d’argent et de travailleurs humanitaires généralement bien payés dans la zone pauvre de l’épidémie, principalement la région de Beni-Butembo.
Des centaines de millions de dollars ont financé les activités des agences de l’ONU et des ONG sous l’égide du ministère congolais de la Santé.
Pour les habitants pauvres, cette manne a représenté l’occasion rare de décrocher un emploi de chauffeur, agent de sécurité, femme de ménage, au sein des équipes de la riposte anti-Ebola. (D’après AFP)

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