Sauvetage en Méditerranée : L’Aquarius plie sous les « attaques incessantes »

Médecins sans frontières (MSF) et SOS Méditerranée ont annoncé avoir mis “un terme” aux opérations de sauvetage de leur bateau humanitaire l’Aquarius, après “les attaques incessantes dont le navire et ses équipes ont fait l’objet”. Les deux ONG sont à la recherche d’une nouvelle embarcation.

L’Aquarius à Malte, le 15 août (Photo : Xinhua)

Devenu le symbole de la crise politique européenne autour de l’accueil des migrants, l’Aquarius, bloqué à Marseille depuis le mois d’octobre, ne mènera plus d’opérations de sauvetage en mer, ont annoncé jeudi 6 décembre les deux ONG qui l’affrétaient, Médecins sans frontières (MSF) et SOS Méditerranée.

“Renoncer à l’Aquarius a été une décision extrêmement difficile à prendre”, a déclaré dans un communiqué Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée.
“C’est un jour sombre”, a pour sa part déploré dans un communiqué distinct Nelke Mander, directrice générale de MSF, pour qui “la fin de nos opérations à bord de l’Aquarius signifie davantage de morts en mer”.

Privé de pavillon par Gibraltar puis par le Panama, l’Aquarius, qui avait commencé ses opérations de sauvetage au large de la Libye en février 2016, s’est retrouvé bloqué à Marseille début octobre dans l’attente d’un registre où s’inscrire. Une demande auprès de la Suisse a récemment été rejetée.
Avant d’arriver à Marseille, l’Aquarius avait dû errer pendant une semaine en Méditerranée avec à son bord 630 migrants que l’Italie avait refusé d’accueillir.

Fin novembre, la justice italienne avait même demandé le placement sous séquestre du navire pour une affaire de traitement illégal de déchets.

SOS Méditerranée a déploré “dix-huit mois de criminalisation, de décrédibilisation et de diffamation contre les ONG de recherche et de sauvetage” ayant pour résultat d’“encore davantage fragiliser les capacités de sauvetage en mer”.

Depuis le début de ses opérations, l’Aquarius a porté assistance à près de 30.000 personnes. Mais le navire a vu les obstacles se multiplier depuis que l’Italie, sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, a fermé ses ports cet été aux navires humanitaires.

A la recherche d’un nouveau navire

Cependant, SOS Méditerranée “explore déjà activement les options pour un nouveau navire et un nouveau pavillon”, et “étudie sérieusement toutes les propositions d’armateurs qui lui permettraient de poursuivre sa mission de sauvetage”. “Nous refusons de rester les bras croisés sur le rivage alors que des gens continuent de mourir en mer”, a assuré M. Penard.

“Malgré les efforts récents des organisations non gouvernementales en mer, il n’y a plus aucun bateau dédié au secours en mer Méditerranée”, a ajouté MSF, qui fait état de “2.133 personnes décédées en Méditerranée” depuis le début de l’année et qui accuse les gouvernements européens d’avoir “contribué à ces événements tragiques en soutenant les garde-côtes libyens pour intercepter les personnes en mer”.

MSF a assuré qu’“aussi longtemps que des gens souffriront en Libye”, elle “cherchera des moyens de leur porter secours”. “Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin du soutien de tous les citoyens qui croient encore en nos valeurs d’humanité en mer et désirent concourir à nos efforts pour trouver un nouveau navire et un nouveau pavillon”, a lancé Sophie Beau, directrice de SOS Méditerranée France.
Toutefois, il sera “difficile de reprendre la mer” et “il est devenu très, très compliqué de faire du sauvetage”, déplore Michael Neuman, directeur d’études à MSF.

“Le secours en mer exige autre chose qu’un bateau. Il faut des escales techniques, des points de débarquement, et un climat de sérénité dont on est aujourd’hui privé. Les débarquements sont devenus quasi-impossibles”, a-t-il déploré, en rappelant l’expérience récente du Nuestra Madre Loreto, un navire de pêche espagnol coincé en mer pendant plusieurs jours faute de trouver un port pour 12 migrants.

Un dispositif “légitime” “mis totalement hors la loi”

“La simple solidarité des gens de mer est empêchée par les Etats”, a poursuivi M. Neuman, en accusant les dirigeants européens et nord-africains d’avoir “cultivé de manière systématique” l’idée “que le secours en mer était davantage le problème que la solution”.

“Aujourd’hui se referme une parenthèse ouverte après le naufrage de Lampedusa, qui avait causé la mort de plus de 360 personnes” le 3 octobre 2013, a regretté M. Neuman.
L’idée prévalait alors “que le sauvetage est une activité noble, et qu’on ne peut se satisfaire de voir des gens mourir en mer”, observe M. Neuman, pour qui “le dispositif qui était devenu légitime depuis 2014 est mis totalement hors la loi”. (Le JD avec agences)