Sierra Leone : La cour de la Cédéao condamne l’exclusion des élèves pour leur grossesse

La cour de justice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a ordonné jeudi 12 décembre à la Sierra Leone de lever “immédiatement” l’interdiction controversée faite aux jeunes filles enceintes d’aller à l’école.

Une jeune fille de 16 ans et son enfant, à Koidu, en Sierra Leone (Photo : Unicef)

En 2015, la Sierra Leone avait officiellement interdit aux filles enceintes de se rendre à l’école, à la suite de l’épidémie d’Ebola de l’année précédente, alors que quelque 14.000 filles étaient tombées enceintes, selon l’ONU.

Pendant l’épidémie, des milliers de filles orphelines, dont les parents étaient décédés d’Ebola, s’étaient tournées vers la prostitution pour survivre, selon Amnesty International. Pour d’autres, la grossesse était le résultat de viols.

Politique “discriminatoire”

En 2018, l’ONG Femmes contre la violence et l’exploitation dans la société (WAVES) et d’autres groupes de la société civile ont contesté cette interdiction devant la cour de justice de la Cédéao après l’échec de recours à l’échelle nationale.

En rendant sa décision jeudi à Abuja, la juge Dupe Atoki a déclaré que cette “politique prohibitive devait être renversée immédiatement”, estimant qu’elle était “discriminatoire à l’encontre des adolescentes enceintes”.

La cour a également condamné un programme spécial du gouvernement soutenu par la Grande-Bretagne et l’ONU, offrant une scolarité limitée aux filles enceintes.
“La création d’écoles pour adolescentes enceintes où quatre matières sont enseignées trois jours par semaine est discriminatoire et constitue une violation du droit à une éducation égalitaire”, a ajouté la juge.

Le jugement sera-t-il exécuté ?

Hannah Yambasu, directrice de WAVES en Sierra Leone, a salué cette décision, estimant qu’il était essentiel de “protéger les filles et de garantir qu’elles puissent terminer leurs études supérieures”.

Marta Colomer, directrice adjointe d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, s’est elle aussi félicité de cette décision contraignante pour le gouvernement de la Sierra Leone.

“La décision d’aujourd’hui est un moment décisif pour les milliers de filles qui ont été exclues de l’école et dont le droit d’accéder à l’éducation sans discrimination a été violé”, a-t-elle déclaré dans un communiqué.

“Ce jugement engage la Sierra Leone”, a-t-elle dit, tout en restant prudente. “Le problème est que par le passé, certains jugements de la Cédéao ont rencontré des difficultés pour être exécutés”, a-t-elle noté. (AFP)

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