Offensive turque en Syrie : L’ONU anticipe 400.000 déplacés

Les combats font rage au nord de la Syrie depuis une offensive turque qui a entraîné en moins d’une semaine la mort de plus de 150 personnes, dont une cinquantaine de civils, et l’exode de plus de 130.000.

Des blindés turcs à la frontière avec la Syrie, le 9 octobre (Photo : Ministère turc de la Défense)

En cinq jours de raids turcs, 104 combattants kurdes ainsi que 52 civils ont été tués, selon un dernier bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Ankara a annoncé de son côté la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières turques.

L’offensive turque contre des positions kurdes dans le nord-est de la Syrie a déjà contraint 130.000 personnes à fuir leurs foyers, a indiqué dimanche 13 octobre l’ONU, en redoutant que ce nombre atteigne prochainement les 400.000.

“Nous envisageons un scénario selon lequel jusqu’à 400.000 personnes pourraient être déplacées dans les zones touchées et au-delà”, a expliqué Jens Laerke, un porte-parole du Bureau de coordination des Affaires humanitaires (OCHA).

Ces déplacés ont été installés dans des écoles transformées en abri dans des zones relativement épargnées par les violences.

OCHA met en garde sur les dangers d’une escalade de l’offensive turque ou sur des changements de contrôle brusques de territoires.

“Les inquiétudes restent vives sur les risques qu’encourent des milliers de personnes vulnérables déplacées, parmi lesquelles les femmes et les enfants dans des camps”, selon la même source.

Les Nations unies sont également préoccupées par la sécurité des 113 membres de son personnel et d’autres organismes d’aide internationale présents dans le secteur.

Les ONG tirent la sonnette d’alarme

Jeudi, plusieurs organisations humanitaires ont tiré la sonnette d’alarme, soulignant que ce nouvel épisode de la guerre syrienne pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les populations civiles.

“Environ 450.000 personnes vivent à moins de cinq kilomètres de la frontière”, indique un communiqué conjoint de plusieurs ONG.

“Ils sont en danger si toutes les parties n’exercent pas une retenue maximale et si elles ne donnent pas la priorité à la protection des civils”, selon le texte signé par 14 organisations, dont le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC).

Un grand nombre de civils risquent de ne plus avoir accès aux aides humanitaires, met en garde le communiqué.

“Désastre humanitaire imminent”

“La réponse humanitaire vitale sera menacée si l’instabilité contraint les agences d’aide internationales à suspendre ou déplacer leurs programmes et leur personnel, comme c’est déjà le cas”, prévient le texte.

Dans une déclaration séparée, Save The Children redoute “un désastre humanitaire imminent”.
L’organisation a notamment souligné les risques encourus par les enfants et des milliers de personnes déjà déplacées à plusieurs reprises depuis le début de la guerre en 2011.

“Avec l’hiver qui approche, ils devront faire face à des défis supplémentaires lorsqu’ils chercheront un abri”, a-t-elle prévenu.

Des camps bombardés

Dès vendredi, l’administration kurde a accusé l’armée turque d’avoir bombardé deux camps de déplacés. Elle a aussi affirmé que que cinq jihadistes de l’Etat islamique (EI) s’étaient échappés d’une prison après des raids aériens turcs.

Quelque 12.000 combattants de l’EI, des Syriens, des Irakiens mais aussi 2.500 à 3.000 étrangers originaires de 54 pays, sont détenus dans les prisons des Kurdes, selon leurs statistiques.

Les autorités kurdes ont maintes fois mis en garde contre une résurgence de l’EI, en cas de chaos sécuritaire provoqué par une offensive turque. Des cellules dormantes de l’EI pourraient alors libérer les milliers de jihadistes et leurs familles retenus dans des prisons ou des camps de déplacés, ont-elles averti. (Le JD avec AFP)

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