Tanzanie : La nouvelle présidente incarnera-t-elle le changement ?

Samia Suluhu Hassan est devenue vendredi la première présidente de la Tanzanie, prenant la succession de John Magufuli dont la mort annoncée mercredi reste entourée de mystère.

Samia Suluhu Hassan prête serment vendredi à Dar es Salaam

Cette musulmane de 61 ans originaire de l’archipel semi-autonome de Zanzibar, a prêté serment à Dar es Salaam. Elle doit rester au pouvoir jusqu’à la fin prévue du mandat de M. Magufuli, soit 2025.

Fidèle du parti Chama Cha Mapinduzi (CCM) qui a gravi les échelons du pouvoir depuis 20 ans, Samia Suluhu Hassan avait annoncé mercredi soir la mort du président Magufuli.
Ce dernier, qui n’était plus apparu depuis le 27 février, est mort mercredi de problèmes cardiaques, a-t-elle déclaré.
Cette annonce n’a pas balayé les rumeurs le disant atteint du Covid-19, une maladie qu’il n’a cessé de minimiser.

Ex-cheffe de projet du PAM

Plusieurs fois ministre, Mme Hassan est diplômée d’un master en “développement économique communautaire” de l’Université libre de Tanzanie et de l’Université du Sud du New Hampshire, aux Etats-Unis.

Elle a débuté sa carrière au sein du gouvernement de Zanzibar, où elle travaille entre 1977 et 1987, occupant dans un premier temps des fonctions administratives puis un poste de responsable du développement.

Toujours à Zanzibar, elle rejoint de 1988 à 1997 le Programme alimentaire mondial en tant que cheffe de projet, puis dirige pendant deux ans l’association des ONG de l’archipel, Angoza.

Elle avait été nommée vice-présidente lors de la campagne présidentielle de 2015. Le ticket avait été réélu en octobre dernier, lors d’un scrutin jugé illégal par l’opposition.

Appels au changement

Des questions se posent sur le style de la nouvelle dirigeante par rapport à son prédécesseur, surnommé le “Bulldozer”.

Les années au pouvoir de M. Magufuli ont été marquées par de grands projets d’infrastructures mais aussi par un virage autoritaire, avec des attaques répétées contre l’opposition et un recul des libertés fondamentales.

L’opposition tanzanienne et des ONG ont appelé au changement.

“Profitons de cette période pour ouvrir un nouveau chapitre pour la reconstruction de l’unité nationale et le respect de la liberté, de la justice, de l’état de droit, de la démocratie et d’un développement centré sur le peuple”, a plaidé le président du groupe d’opposition Chadema, Freeman Mbowe.

Human Rights Watch a, elle, estimé que “le nouveau gouvernement a maintenant une chance pour un nouveau départ en mettant fin aux pratiques problématiques du passé”.

Pressions internes

Selon des chercheurs, Samia Suluhu Hassan pourrait toutefois se retrouver sous la pression des soutiens de M. Magufuli au CCM, qui dominent le renseignement et des postes-clés du gouvernement.

“A ceux qui s’attendent à une rupture avec le style Magufuli je dirais: ‘retenez votre souffle pour le moment’”, estime l’analyste tanzanien Thabit Jacob, chercheur à l’Université de Roskilde (Danemark). “Elle aura du mal à construire sa propre base et des rivalités entre factions vont émerger”, prédit-il.

La politique de Mme Hassan à l’égard du Covid-19 sera aussi scrutée de près.

Fervent catholique, M. Magufuli n’a eu de cesse d’en minimiser l’impact. Estimant que son pays s’en était “libéré” par la prière, il refusait d’imposer des mesures pour endiguer la maladie.

Cette posture est devenue difficile à tenir alors que le pays fait face à une vague de décès imputés à des “pneumonies”, touchant jusqu’à de hautes personnalités.

Mme Hassan sera l’une des deux femmes au pouvoir en Afrique, avec l’Ethiopienne Sahle-Work Zewde, dont les fonctions sont honorifiques.

(Le JD avec AFP)

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